Elliot Jenicot : La petite musique d’Erik Satie

© Sandra Sumenian

Le génie du compositeur Erik Satie n’avait d’égal que son originalité. Pénétrer dans cet univers décalé, c’est l’occasion pour Elliot Jenicot de trouver un rôle à sa mesure. Ancien pensionnaire de la Comédie Française, il exprime ses talents de comédien dans un spectacle dont Erik Satie se serait certainement délecté.

À votre avis, pourquoi le personnage d’Erik Satie fascine encore ?

Parce qu’il est intemporel, je crois… par son oeuvre, sa personnalité, son extravagance. On a souvent soif de connaître l’inconnu, l’intouchable chez les grands artistes : c’est une façon de se découvrir soi-même.

Vous avez déclaré que vous vouliez jouer un personnage tragique, est-ce le cas avec celui d’Erik Satie ?

Satie est une personnalité délicieuse pour un acteur. il est à la fois teinté de lyrisme, de folie, d’extravagance, de poésie et d’inconnu… Quel régal, non ? J’ai ressenti avec Satie une espèce d’autorisation spirituelle, une similitude assez troublante… mais ne vous inquiétez pas : je n’invoque pas les âmes le soir autour d’une bougie (rires). Quoique…

À quoi doit-on s’attendre en allant voir ce spectacle ?

À ce qui est écrit sur le pitch de présentation du spectacle (rires)… plus sérieusement comme j’aime à le préciser « Tout est vrai sauf l’histoire ». Les mots de Satie… son univers poétique et musical, son ironie, ses révoltes, ses doutes… sa souffrance… sont représentés passionnément et avec respect dans une fiction par ma délicieuse et talentueuse jeune partenaire Anaïs Yazit et moi-même.

Est-ce que la musique d’Erik Satie vous interpelle ?

J’ai entendu les Gymnopédies pour la première fois il y a une trentaine d’années, dans un film de Woody allen. ce fut une émotion intense : sa musique est intemporelle et tellement actuelle ! Je n’en étais pas un spécialiste, ni un disciple pour autant. J’en ai beaucoup appris, grâce au spectacle de Laetitia Gonzalbes. Je ne peux donc que la remercier pour sa confiance et l’intense bonheur de créer avec elle Je m’appelle Erik Satie comme tout le monde. Une belle collaboration Gymnopédiesque !

C’est Laetitia Gonzalbes qui a écrit et mis en scène le spectacle, fallait-il une sensibilité féminine pour exprimer celle d’Erik Satie ?

S’il le fallait, je n’en sais rien mais ce que je sais c’est que l’univers et la sensibilité de Laetitia sont en accord total avec la sensibilité de Satie. elle est très investie dans son projet, c’est normal de l’être aussi.

Vous vous définissez comme un « éternel amoureux », c’est-à-dire ?

Je crois qu’il faut vivre chaque aventure artistique passionnément, comme une histoire d’amour. Je tombe amoureux du spectacle que l’on me propose car, quelque part, je considère que l’on tombe amoureux de ma personne… artistiquement, je veux dire (rires). Je suis fougueux comme un jeune labrador quand on m’ouvre la porte du jardin… et plus le jardin est grand, plus je cours et aboie avec enthousiasme.

Que pouvez-vous nous raconter de votre expérience au sein de la Comédie Française ?

Huit années, huit saisons, une vingtaine de pièces, de très belles rencontres humaines et artistiques, une grande maison avec ses codes, ses mouvances. des moments difficiles, aussi. Je mesure la chance et l’opportunité – improbable avec mon parcours artistique – d’y être entré, grâce à Muriel Mayette (administratrice en 2011). l’aventure s’est terminée en juillet dernier, après un comité décisionnaire. Tant pis pour eux (rires), tant mieux pour moi (rires). Mais pas d’aigreur : le meilleur est à venir.

Vous êtes également un mime renommé, cela vous aide dans vos rôles ?

le mime c’est un atout… c’est comme un acteur qui a pratiqué la danse… ou la musique… ou une discipline quelconque. c’est en moi… ça sort tout seul quand il le faut. le mime c’est le corps qui parle… après il faut trouver son style, je n’ai rien à voir avec Marceau ou Jean-louis Barrault… c’est comme au foot : c’est quand on a l’impression que c’est facile pour le joueur qu’il y a maîtrise. donc pour répondre à votre question, il y a toujours, dans un spectacle, un moment où je sors quelques dribbles (rire).

Erik Satie a dit : « Toute ma jeunesse on me disait : Tu verras quand tu auras 50 ans. J’ai 50 ans, et je n’ai rien vu ». Et vous qu’avez-vous vu ?

Oh… j’ai vu beaucoup mais j’ai tellement encore à voir ! C’est comme si je n’avais rien vu en quelque sorte. la vie c’est comme un bouquin avec plein de chapitres. l’histoire continue tant que le mot Fin n’est pas écrit. il faut aller voir… Sans cesse.

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