Jean-Luc Moreau, metteur en scène de « Deux Mensonges et une vérité »

Jean-Luc Moreau est le metteur en scène de « Deux Mensonges et une vérité », la pièce de Sébastien Blanc et Nicolas Poiret qui avait triomphé l’an dernier au théâtre Rive Gauche. Pour son de retour, depuis janvier, au théâtre Montparnasse, il reste à la direction, mais endosse cette fois-ci le rôle de Philippe, mari dépassé par un jeu qu’il a lui-même proposé à sa femme.

Le théâtre, pour vous, est-ce une histoire de famille, un hasard, une évidence ?

Je me souviens avoir vu, dans un décor du Jeu de l’amour et du hasard, un tableau représentant la mère de Silvia, morte dans la pièce. Troublé par le fait qu’on puisse représenter des gens morts sur scène, je me suis alors perdu dans mes pensées, et j’ai commencé à imaginer l’histoire de cette maman… J’ai réalisé que le théâtre était un lieu où l’on pouvait beaucoup rêver. et ça m’a profondément plu !

Comment avez-vous travaillé la mise en scène avec cette nouvelle distribution ?

Je n’ai effectué aucun changement de mise en scène, en revanche, il est toujours intéressant de travailler sur deux distributions, parce qu’elles présentent des énergies différentes. Par exemple, dans l’ancienne distribution, Lionel Astier est plutôt puissant dans le rôle de Philippe, quand Frédéric Bouraly (Edouard) offre un jeu plus léger et poétique. Dans cette distribution, c’est Stéphan Wojtowicz qui présente un jeu plus puissant, dans le rôle d’Edouard, et moi qui joue un Philippe Léger. Le rapport de force reste donc le même, mais se trouve inversé !

Étiez-vous heureux de jouer sur scène cette année ?

C’était imprévu, et c’est ce qui m’a séduit. En revanche, l’apprentissage de mon rôle s’est révélé plus difficile que je ne le pensais… Je croyais qu’après l’avoir mise en scène et vue de nombreuses fois, je connaissais la pièce par coeur. en réalité, je ne la savais pas du tout !

Est-ce qu’en amour, vous surprenez toujours ?

En amour, énormément. Du moins j’essaye ! Je suis en réalité le contraire du personnage de la pièce, que la stabilité rassure. Je pense qu’il faut inventer tous les jours, et rester surprenant.

Qu’est-ce qui fait le succès de la pièce ?

La qualité des comédiens et le travail de mise en scène contribuent évidemment à son succès. Toutefois, je suis convaincu que la réussite au théâtre passe avant tout par le texte. Une pièce fonctionne si elle est bien écrite et articulée, et c’est le cas de Deux mensonges et une vérité. aussi, le thème abordé est très fédérateur : savoir quelle direction faire prendre à son couple, c’est un vrai sujet. C’est donc grâce à leur écriture très contemporaine et par le traitement d’un vrai sujet que Sébastien Blanc et Nicolas Poiret ont conquis le public.

Quels-sont vos projets à venir ?

Je répète en ce moment Inavouable, une pièce d’Eric Assous avec notamment Véronique Jannot. J’ai ensuite pour projet de monter Noël Joyeux, et Les Cabots, deux autres pièces d’Eric Assous.

Un coup de coeur à partager avec nous ?

J’ai récemment lu le livre Le Vrai et le Faux de David Mamet, auteur dramatique, metteur en scène et scénariste américain. Ce fut pour moi comme une révolution : il défend une vision défavorable aux méthodes d’enseignement d’art dramatique, de l’actor studio en passant par Stanislavski. Je partage ce sentiment depuis longtemps, et son discours est venu renforcer mes convictions. Il me semble en effet que ce métier ne s’apprend pas dans un cours, mais sur scène. parce qu’il sanctionne immédiatement, le public est la source d’enseignement par excellence.

Par Sophie Geneste

Au Théâtre Montparnasse, jusqu’au 6 juillet.