LES ROCHAMBELLES

Interview croisée

Les Rochambelles

De l’élan d’Avignon à la reprise parisienne

Par Sophie Geneste

Après un passage très remarqué au Festival d’Avignon 2025, Les Rochambelles poursuivent leur route et seront reprises en 2026 au Théâtre Michel, à Paris. Porté par Valérie Demay, autrice, et par les metteuses en scène Merryl Beaudonnet et Charlotte Bigeard, le spectacle continuera de faire entendre la voix de ces femmes engagées, longtemps restées dans l’ombre de l’Histoire.

Entre mémoire, sororité, réception du public et désir de transmission, les trois artistes reviennent sur l’aventure singulière de cette création.

Après Avignon 2025, quel regard portez-vous sur le parcours des Rochambelles ?

Valérie : Je me dis à la fois que tout prend toujours trop de temps… et en même temps : quel chemin parcouru. C’est une aventure incroyable.

Charlotte : Pour cette première exploitation à Avignon, on a eu la chance de rencontrer un public très large, enthousiaste, de toutes générations. On affichait complet dès le troisième jour, alors on est fières et heureuses de cette aventure qui ne fait que commencer.

Merryl : Mener un projet jusqu’à son exploitation, c’est un vrai parcours du combattant, avec des frustrations, des doutes, mais aussi de grandes victoires. Jouer cette pièce au Théâtre des Béliers, devant une salle pleine et conquise, en est une très belle.

« CE SUCCÈS A CONFIRMÉ UNE INTUITION : CETTE HISTOIRE RÉSONNE PROFONDÉMENT DANS CHACUNE ET CHACUN »

CHARLOTTE

Qu’est-ce que le succès du spectacle a changé dans votre perception de cette histoire ?

C : Je dirais que ça a confirmé une intuition : cette histoire pouvait résonner profondément dans chacune et chacun, on sent une forme de fierté et de reconnaissance vis-à-vis de ces femmes.

V : En effet, ce succès a confirmé à quel point cette histoire résonne encore. Beaucoup de spectateurs gardent un lien très fort avec leur histoire familiale liée à la guerre, et cela montre combien il est encore important d’en parler, même deux ou trois générations plus tard.

M : Cela n’a pas changé ma perception non plus, mais cela a confirmé qu’il existe une attente forte autour de ces parcours de femmes. Et que cette histoire devient personnelle pour beaucoup.

Quels retours du public vous ont le plus bouleversées ou surprises ?

V : Les réactions de spectateurs bouleversés, émus, avides d’en savoir plus à la fin. Et cette phrase qui revenait souvent : “Comment cette histoire peut-elle être si peu connue ?”

C : Voir une salle debout, le sourire aux lèvres, les regards brillants de femmes de plusieurs générations, c’est un cadeau immense. Il y a aussi ces hommes émus, impressionnés, surpris : au contact de ce récit, les histoires intimes ressurgissent, et cela crée du partage.

M : J’ai été très touchée par l’envie du public de voir la pièce continuer sa vie à Paris. Il y avait aussi une vraie surprise devant la force d’autorité de ces personnages féminins ; certains nous demandaient comment les comédiennes s’étaient préparées à incarner de telles figures.

Pourquoi cette histoire de femmes oubliées résonne-t-elle si fortement aujourd’hui ?

M : Parce que nous sommes à un moment où les femmes jouent un rôle fort, tout en continuant à défendre leurs droits, leur liberté de choix et d’opinion.

V : Parce que, même si la parole des femmes se libère et que leur place a évolué, il reste encore beaucoup à faire pour que la femme trouve une place équivalente à l homme dans les débats, dans l’espace public, dans certains corps de métiers. Les droits des femmes sont sans cesse remis en question et la lutte ne doit jamais s’arrêter.

C : Ces femmes cherchent à prendre leur place dans l’Histoire, à exister autrement que dans le rôle auquel on les destinait. Malgré les refus, les humiliations, les obstacles, elles s’imposent et se rendent indispensables. Et ce qui résonne très fort aujourd’hui, c’est aussi la manière dont elles y parviennent : ensemble, en groupe, dans une forme de sororité.

« LA PIÈCE RÉSONNE ENCORE AUJOURD’HUI CAR LES FEMMES JOUENT UN RÔLE FORT, TOUT EN CONTINUANT À DÉFENDRE LEURS DROITS ET LEUR LIBERTÉ »

MERRYL

Diriez-vous que la pièce parle autant de notre présent que de la Seconde Guerre mondiale ?

V : Oui, parce que le nazisme n’est pas le sujet central de la pièce. Ce qui m’intéressait, c’était de montrer des femmes qui forcent la porte d’un milieu masculin qui ne voulait pas d’elles. Aujourd’hui encore, dans le sport, la finance, la tech, le BTP ou les sciences, les femmes doivent faire entendre leur voix dans des espaces où elles restent parfois perçues comme illégitimes.

M : Aussi, la pièce ne s’inscrit pas dans l’imaginaire le plus attendu de la Seconde Guerre mondiale : elle voyage entre New York, Rabat et la Normandie, et raconte surtout un groupe de femmes qui ouvrent la voie dans un corps de métier entièrement masculin.

C : C’est très important pour nous que l’histoire reste moderne dans sa mise en scène et qu’elle parle aux générations d’aujourd’hui. On aimerait que les femmes de 2026 puissent s’identifier à ces figures drôles, idéalistes, imparfaites, profondément humaines et inspirantes.

Qu’est-ce que les Rochambelles vous ont appris, intimement, en tant que femmes et artistes ?

C : Elles m’ont appris l’assertivité : oser dire, oser agir, même là où l’on n’est pas attendue. Elles redonnent foi dans la force du groupe, dans la capacité à avancer ensemble malgré les désaccords, et à s’aider à se relever quand l’une vacille.

V : J’essaie de m’en inspirer au maximum. Cela m’a notamment poussée à faire émerger la Florence Conrad en moi : ne pas accepter les limites qu’on m’assignait, croire en moi malgré l’absence de réseau ou d’expérience, et prouver qu’une première pièce peut trouver sa voie.

M : Elles m’aident à ne plus m’excuser et à gagner en assertivité.

« J’ESSAIE DE M’INSPIRER DES ROCHAMBELLES AU MAXIMUM, NOTAMMENT INTIMEMENT »

VALÉRIE

Que représente pour vous la reprise au Théâtre Michel en 2026 ?

M : Un cri de joie ! Depuis notre showcase il y a presque deux ans, l’équipe du Théâtre Michel nous a tant accompagnées.

C : Une chance incroyable et une immense joie ! Le Michel est en effet un lieu très symbolique pour nous ; y revenir donne le sentiment d’une boucle qui se referme magnifiquement.

V : Un rêve. Un aboutissement, après cinq années de travail acharné, et paradoxalement un début : celui de la vraie vie de la pièce, en dehors de la bulle avignonnaise.

Qu’aimeriez-vous que le public garde en lui après avoir vu la pièce ?

V : J’aimerais que les spectatrices et spectateurs en ressortent inspirés à ne pas se conformer, à faire entendre leur voix partout où ils ont le sentiment qu’elle n’est pas écoutée.

C : Une reconnaissance pour ces femmes qui ont ouvert des voies, un élan de vie, et des cœurs qui battent plus fort ensemble. Nous en avons grandement besoin.

M : L’envie d’aller découvrir encore davantage le parcours de ces femmes remarquables. Et qu’elles leur transmettent de la force, du courage et de l’espoir.

THÉÂTRE MICHEL

À partir du 25 septembre 2026
Du mer. au sam. à 19h, le dim. à 15h30

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