Monstre moi
Théâtre • Festival d’Avignon 2026
Monstre-Moi
Quand le doute s’installe
Dans Monstre-Moi, Laëtitia Leroy met en scène une tueuse en série et une psychiatre qui s’affrontent et finissent par tisser une relation à la fois fascinante et dangereuse.
Interview de Laëtitia Leroy, autrice et metteuse en scène
Monstre-Moi est un thriller psychologique, à quoi les spectateurs doivent-ils s’attendre ?
Il faut s’attendre à être perturbé, en tout cas c’est vraiment mon objectif. Le thriller psychologique est un genre qu’on voit surtout au cinéma, et j’ai toujours adoré ce type de films.
Je me suis donc demandé ce que ça donnerait au théâtre. On voit très peu de thrillers sur scène parce que c’est un pari assez risqué : réussir à créer cette tension, ce suspense, à retourner le cerveau des spectateurs et spectatrices, sans les effets du cinéma ni l’imaginaire que permet la littérature.
Un thriller psychologique pensé pour la scène
Justement, quels sont les secrets pour créer une telle tension au théâtre ?
On utilise globalement les mêmes procédés qu’au cinéma. L’aspect technique est très important : il y a une création musicale signée Alexis Vanderhaegen et une création lumière de Jacques Lainé qui viennent vraiment renforcer l’ambiance thriller de la pièce.
Et puis il y a évidemment le jeu des comédiennes. Dans l’écriture, j’ai beaucoup cherché à accompagner le doute des spectateurs et des spectatrices.
Comme on n’a pas les effets spéciaux du cinéma, tout passe davantage par le texte, par les non-dits, par les silences aussi, qui ont une place très importante.
La pièce compte trois personnages, mais seulement deux comédiennes sur scène. Qu’est-ce que ce dispositif apporte au récit ?
Chloé Angevin interprète à la fois Alina Warnant, la tueuse en série, et Émilie, la compagne de la psychiatre. Face à elle, Clara Hertz incarne France Quint, la psychiatre.
Le fait de confier deux rôles à la même comédienne est un choix de mise en scène. L’idée était de troubler les spectateurs, de jouer sur cette dualité et de brouiller les pistes.
Rien n’est totalement noir ou blanc dans la pièce, et ce dispositif permet justement de casser cette vision binaire.
Brouiller les pistes pour faire naître le doute
Pourquoi avoir choisi une tueuse en série plutôt qu’un tueur ?
J’avais envie de mettre des comédiennes au centre du récit et de leur offrir des rôles complexes. Aujourd’hui encore au théâtre, il existe beaucoup de rôles féminins assez réducteurs, souvent construits autour d’une seule caractéristique.
Je trouvais aussi intéressant de questionner la manière dont on perçoit la violence lorsqu’elle est portée par une femme. Statistiquement, les hommes sont davantage à l’origine des actes violents dans notre société, donc face à une femme violente, il y a souvent une forme de déni ou d’incompréhension.
Je trouvais intéressant de confronter le public à ce regard-là et de questionner nos propres biais.
Qu’est-ce que vous aimeriez que les spectateurs ressentent en sortant ?
J’aimerais que les spectateurs sortent avec beaucoup de questions : Qu’est-ce que j’ai vu ? Qu’est-ce qui s’est réellement passé ?
L’idée, c’est que la pièce continue à vivre après la représentation, en suscitant des échanges et des interprétations différentes.
J’aime bien l’image d’un cerveau un peu retourné en sortant de la salle.
Infos pratiques
Monstre-Moi
Compagnie Soleil Noir
Théâtre de l’Oriflamme
À 20h35 du 4 au 25 juillet 2026
Relâche les 9, 16 et 23 juillet.




