LE GUIDE PARFAIT DU GENTLEMAN ASSASSIN
Interview • Théâtre du Palais Royal
Le Guide du parfait gentleman assassin
Virginie Lemoine met en scène une comédie musicale aussi folle qu’irrésistible
Adaptation française signée Stéphane Laporte de la célèbre comédie musicale de Broadway récompensée par quatre Tony Awards, Le Guide du parfait gentleman assassin arrive enfin en France. À partir du 21 août au Palais Royal, Virginie Lemoine orchestre cette création délirante où un jeune homme entreprend d’éliminer méthodiquement les huit personnes qui le séparent d’un immense héritage.
Par Sophie Geneste
L’équipe artistique
Virginie Lemoine
Metteuse en scène
Benoît Cauden
Comédien
Stéphane Laporte
Adaptateur français
© Cyril Romoli
Gaëtan Brog
Comédien
© Cédric Vasnier
Comment ce projet est-il né ?
C’est Stéphane Laporte, avec qui je travaille depuis des années et que j’aime beaucoup, qui me l’a proposé. Cette comédie musicale, qu’il a traduite et adaptée, s’est jouée dans le monde entier mais jamais encore en France.
Qu’est-ce qui vous a fait dire oui ?
Pour faire court, j’ai tout aimé ! J’ai eu l’impression que l’auteur s’était amusé à truffer sa pièce de défis impossibles : on passe d’un lac gelé qu’il faut scier à un essaim d’abeilles déchaîné, ou encore à un curé qui doit chuter du haut de son clocher.
Pour une metteuse en scène, c’est vertigineux, mais terriblement excitant. Et puis il n’y a pas vraiment de morale : ce héros qui élimine méthodiquement huit personnes, on le trouve adorable et follement séduisant, je trouve ça très audacieux.
Le texte, lui, est superbement écrit, la musique est folle, et les personnages sont hauts en couleur. J’ai aussi été sensible au traitement des deux figures féminines : on aurait pu verser dans le cliché de la fille frivole opposée à la femme bien sous tous rapports, mais elles ont toutes les deux des doubles fonds, une vraie épaisseur.
Pour une metteuse en scène, cette pièce est vertigineuse, mais terriblement excitante.
Quelle différence faites-vous entre mettre en scène une pièce et une comédie musicale ?
Pour moi, c’est exactement le même travail. Ce qui change, ce sont les artistes : les comédiens et comédiennes de comédie musicale sont un peu comme des artistes de cirque, tout va très vite, tout est minuté, et leur discipline est hallucinante.
Je m’émerveille de les voir travailler. Pour le reste, je m’appuie énormément sur Laury André, mon assistant de toujours, sur la chorégraphe Mariejo Buffon, et sur Charlotte Gauthier, la directrice musicale.
On sent dans vos décors et vos costumes beaucoup de système D et d’astuces, c’est un plaisir particulier ?
Énormément. Avec mon frère Grégoire Lemoine, qui signe les décors, on a décidé qu’il n’y aurait aucune projection, et tout se fait avec des trucs : un lit qui se redresse devient un comptoir de banque, une arche avec des toiles peintes derrière permet de changer de décor en un instant, et bien d’autres astuces que je ne dévoilerai pas ici.
Il y a aussi des LED intégrées dans le décor, pensées avec Mehdi Izza qui signe les lumières et la vidéo, qui permettent de basculer d’un univers à l’autre. Cette dimension de bricolage, je la trouve réjouissante et vertueuse car elle renoue avec l’essence du jeu.
Pour les costumes, on a fait appel à un jeune créateur de talent, Axel Boursier : on a eu besoin de cette même inventivité pour des changements ultra-rapides, notamment.
Comment avez-vous abordé la mise en scène, par rapport à ce qui s’était déjà fait ailleurs ?
J’avais vu ce qu’ils avaient fait aux États-Unis, il y a une quinzaine d’années. Là-bas, ils avaient construit un petit castelet au milieu du plateau pour permettre les nombreux changements de décor, et on m’avait dit qu’on pouvait difficilement monter la pièce autrement.
Ce dispositif revient presque systématiquement dans toutes les adaptations réalisées jusqu’ici, mais j’ai voulu tenter autre chose : on est seulement la deuxième mise en scène à s’en affranchir.
Il n’y a pas vraiment de morale, je trouve ça très audacieux.
Quelles sont vos autres actualités ?
Je prépare Le Manuel de la jeune mariée 1957, une comédie que j’écris et mets en scène, construite autour de cinq monologues de femmes, et qui jouera à partir du 26 août au Théâtre La Bruyère.
L’idée est de reconstituer ces guides de bonnes convenances d’autrefois, conçus pour transformer les femmes en épouses et ménagères exemplaires. Je me suis appuyée sur de vrais manuels d’époque, parfois complètement absurdes : on y recommande par exemple l’usage de pommades à base de cocaïne, ou la consommation de bière, riche en fer, pendant la grossesse.
Pour finir dans l’esprit espiègle de la pièce : si vous deviez être ce gentleman assassin, quelle méthode auriez-vous choisie pour éliminer vos victimes ?
La plus douce possible, et sans doute par surprise plutôt que par violence, un peu à la façon de Cléopâtre et son serpent… presque poétique en somme !
Infos pratiques
Le Guide du parfait gentleman assassin
Palais Royal
À partir du 21 août




