Carmen Maura

« Cette pièce parle d’affection, d’amour et de l’importance de se dire les choses avant qu ‘il ne soit trop tard »

Après 30 ans d’absence, Carmen Maura revient sur la scène parisienne. Pourquoi maintenant et avec ce projet ?

Je pense qu’en France nos dramaturges sont peu connus et j’ai pensé que c’était une belle opportunité d’avoir rencontré quelqu’un qui voulait monter ce spectacle ici, d’autant plus qu’il a très bien marché en Espagne. Mes nombreux tournages ne m’ont pas permis de monter sur les planches parisiennes pendant un long moment, mais j’ai tout de même joué dans des pièces à Madrid ces dernières années.

Quelle histoire raconte la pièce L’hirondelle ?

Elle raconte l’histoire d’une femme qui est professeure de chant et qui reçoit un élève et c’est là que réside le mystère ! Cette pièce aborde le thème de la communication entre les personnes, celui de la question de l’acceptation de ses enfants tels qu’ils sont, mais parle aussi d’homosexualité, des attentats… Beaucoup de choses. Mais, surtout, elle parle d’affection, d’amour et de l’importance de se dire les choses avant qu’il ne soit trop tard.

Qui et comment est votre personnage dans la pièce, quelles circonstances le définissent ?

C’est une femme qui traverse un très grand drame car elle vient de perdre son fils, mais elle s’en relève, elle est positive. Elle reçoit alors une visite et tout commence là. Elle ne s’est pas réellement accommodée à l’époque actuelle mais, contrairement au personnage joué à Madrid, elle est plus ouverte et plus « extravertie » dans la version parisienne. Je voulais que le spectacle soit différent en France. Cela a été un travail très difficile de tout transférer de l’espagnol au français.

Qu’est-ce qui caractérise le personnage qui vous accompagne sur scène, joué par Grégori Baquet ?

Grégori est un acteur formidable qui m’a beaucoup aidée ! Il joue un garçon amoureux plutôt innocent qui souffre beaucoup. Il vient me voir avec beaucoup de curiosité…

Pour vous, un des passages les plus intéressants ou profonds de ce beau texte de Guillem Clua est celui qui dit…

Il y en a beaucoup mais je citerais ce dialogue :
Elle : «– Qu’est-ce que tu crois qui fait de nous des êtres humains ?
– L’amour.
– Non,cela ne suffit pas. Ils aiment aussi la douleur. Ce qui nous rend vraiment humains, c’est la douleur.Notre capacité à ressentir la douleur des autres comme si c’était la nôtre. »

Quelles différences y-a-t-il entre la mise en scène espagnole, dirigée par Josep Maria Mestres, et la mise en scène française, dirigée parAnne Bouvier ?

Il y en a beaucoup, car nous devons garder à l’esprit que le public français est très différent du public espagnol. À titre personnel, j’ai beaucoup ressenti ces différences et il est vrai que les personnes ayant vu la pièce en Espagne m’ont fait le même retour.Anne n’avait pas vu la pièce en amont et au fur et à mesure de son travail elle a réussi à construire un personnage plus proche de moi qu’auparavant.

Que voulez-vous provoquer chez le public parisien qui vient voir L’hirondelle ?

Je souhaiterais provoquer la même chose qu’à Madrid et dans toutes les provinces d’Espagne : que les gens soient touchés par la performance. Parfois, ils partaient en larmes, mais toujours ravis d’avoir vu la pièce. Et cela s’est également produit dans les provinces et les villes de France que nous avons déjà parcourues. La pièce est
très appréciée !

Cette production s’inspire du massacre homophobe qui a coûté la vie à 50 personnes aux États-Unis. Que pensez-vous de la situation actuelle de la communauté LGBT ?

Je pense que ce spectacle aide beaucoup et c’est précisément pour cela que je le fais. Il y a eu beaucoup de témoignages très touchants de mères qui ont compris leurs enfants ou d’enfants qui ont osé parler à leurs parents. Et les gens sortent de la pièce apaisés, qu’ils aient ou non un enfant homosexuel.

Qu’est-ce qui fait que Carmen Maura est tombée amoureuse du théâtre et de la culture française ?

La première chose que j’aime de la France depuis que je suis toute petite, c’est que tout vient d’ici ! J’aime sa littérature, sa culture, ses paysages… De plus, j’ai commencé à apprendre le français à l’école maternelle ! Et puis, au fil des années, j’ai fait du théâtre et du cinéma français et j’y ai pris énormément de plaisir. En plus en France, on accorde beaucoup plus d’importance à la culture, elle est très protégée.

Cependant, vous avez dit que Paris était une ville difficile à conquérir, n’est-ce pas ?

Oui, cela m’a pris environ 25 ans (rires), mais j’ai eu l’honneur de recevoir la Grande MédailleVermeille de la ville de Paris et je suis Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres de France ! J’ai également reçu un César! Je me sens très bien ici, et qu’il est merveilleux de se promener dans les rues, les environs, la campagne !…

Quelle production théâtrale française a eu un impact profond et personnel sur vous ?

Le dernier spectacle que j’ai vu à Paris, et que j’ai adoré, était Adieu Monsieur Haffmann, une pièce magnifique !

En dehors de L’hirondelle, dans quels autres projets peut-on vous retrouver à partir de 2022 ?

Je vais sortir un film musical réalisé par Paco León dans lequel je me suis beaucoup amusée, il s’agit de Rainbow. J’ai également en cours un projet avec Álex de la Iglesia