1500 représentations pour  » L’embarras du choix »

Reportage • Théâtre de la Gaîté Montparnasse

L’Embarras du choix

Le cap des 1 500 représentations

« Braquer une banque ! » La proposition fuse depuis la salle. Sur scène, Max cherche un moyen de venir en aide à son ami, dont la bijouterie vient d’être dévalisée et qui se trouve en grande difficulté financière. D’autres spectateurs se montrent plus raisonnables : pourquoi ne pas demander de l’argent à un proche ? Revendre la bague de fiançailles qu’il comptait offrir à sa compagne ? Ce soir-là, il faudra bien trancher. Et Max fera ce que le public lui dira !

Par Mélina Hoffmann

L’Embarras du choix à la Gaîté Montparnasse

© Emilie Brouchon

Bienvenue dans L’Embarras du choix, la comédie interactive de Sébastien Azzopardi et Sacha Danino qui vient de franchir le cap des 1 500 représentations. Six ans après sa création, plus de 600 000 spectateurs ont déjà pris part aux hésitations de son héros. Une longévité qui doit beaucoup à une particularité : d’un soir à l’autre, aucune représentation ne se déroule tout à fait comme la précédente.

Ce soir, c’est vous qui décidez !

Tout commence par un anniversaire. Max fête ses 40 ans, et l’heure des bilans semble avoir sonné. Sa vie ressemble-t-elle vraiment à celle qu’il imaginait vingt ans plus tôt ? À l’époque, il était ce « rockeur fou » qui avait fait chavirer le cœur de son amour de jeunesse. Mais elle avait 20 ans et, portée par des envies de liberté et d’aventure, elle était partie à Bali en le laissant derrière elle.

Alors, quand elle ressurgit par hasard dans sa vie, au détour de la bijouterie dans laquelle il travaille, ses certitudes vacillent. Entre-temps, Max s’est installé avec une autre femme, qu’il envisage d’épouser. Faut-il revoir cet amour de jeunesse ou laisser le passé à sa place ? Pour décider, il va se tourner vers ses amis du jour : nous !

Car très vite, la frontière entre la scène et la salle s’efface. Nous voilà tour à tour invités à l’anniversaire de Max, supporters de Lens lors d’un match de foot ou encore public endiablé d’un concert de rock ! Et surtout, nous devenons ses conseillers personnels.

« Nous voilà tour à tour invités à l’anniversaire de Max, supporters de Lens lors d’un match de foot ou encore public endiablé d’un concert de rock ! Et surtout, nous devenons ses conseillers personnels. »

À la manière d’un « livre dont vous êtes le héros », chaque décision retenue parmi les propositions du public ouvre une nouvelle branche de l’histoire.

Lorsque Max doit envoyer un SMS à celle qu’il vient de retrouver, par exemple, c’est à la salle de décider de son contenu. Faut-il prendre la pente glissante du flirt et accepter de la revoir, ou renoncer à ces retrouvailles et partir comme prévu en week-end en amoureux avec sa future femme ?

Les avis fusent, les spectateurs argumentent, se contredisent, certains se montrent prudents quand d’autres l’encouragent joyeusement à prendre tous les risques. Et ce sont précisément ces désaccords, cette audace et ces réactions spontanées qui composent l’atmosphère de la représentation.

Les comédiens de L’Embarras du choix

© Emilie Brouchon

À chaque salle son histoire

D’autres dilemmes ne tardent pas à surgir. Une seconde intrigue se noue lorsque la bijouterie dans laquelle travaille Max est cambriolée. Comment aider son ami, propriétaire de la boutique, à récupérer l’argent perdu ? Revendre la bague de mariage destinée à sa future femme ? Solliciter l’aide d’un proche ? Ou, comme le suggère avec aplomb une spectatrice ce soir-là, braquer une banque ?

L’interactivité devient donc le véritable moteur de l’histoire. Les décisions de la salle font apparaître ou disparaître des scènes, modifient les trajectoires des personnages et entraînent le spectacle vers d’autres chemins.

Max peut ainsi connaître pas moins de 128 parcours de vie différents selon les choix effectués par le public. Au fil des représentations, plus d’un millier de configurations ont ainsi pu prendre vie sur scène !

Une mécanique exigeante pour les comédiens, qui doivent maîtriser les nombreuses bifurcations de l’histoire tout en s’adaptant en permanence aux réactions de la salle. Car le public, lui, n’a évidemment pas appris son texte. Et c’est justement cette part d’imprévu qui fait une grande partie du sel de la soirée.

Les réponses fusent, certaines pleines de bon sens, d’autres beaucoup moins. Max les attrape au vol, rebondit, provoque, s’amuse avec ceux qui l’interpellent. Sa répartie dans ces moments d’échange compte parmi les grands plaisirs du spectacle et donne parfois l’impression que tout vient d’être inventé sous nos yeux. Autour de lui, les personnages, savoureux et bien dessinés, trouvent eux aussi leur place dans cette mécanique mouvante.

Et si l’on avait choisi autrement ?

À mesure que la soirée avance, le public se prend de plus en plus au jeu. On conseille, on proteste, on tente de convaincre ses voisins et l’on rit parfois des conséquences d’une décision à laquelle on a soi-même contribué quelques minutes plus tôt.

« Cette participation régulière des spectateurs crée une atmosphère particulièrement chaleureuse et complice qui nous ferait presque oublier, par moments, que nous sommes au théâtre. »

Cette participation régulière des spectateurs crée une atmosphère particulièrement chaleureuse et complice qui nous ferait presque oublier, par moments, que nous sommes au théâtre.

Derrière le jeu, L’Embarras du choix s’amuse aussi d’une question familière : que serait devenue notre vie si, à certains carrefours, nous avions emprunté un autre chemin ? Max s’interroge sur ses amours, ses rêves de jeunesse, son travail ou la vie dans laquelle il s’est installé. Le public décide à sa place, mais chacun peut difficilement s’empêcher de se demander ce qu’il aurait lui-même choisi.

Et lorsque les lumières se rallument, une question apparaît presque aussitôt : qu’aurait-il bien pu se passer si la salle avait choisi autrement ? Pour le découvrir, cette fois, le choix semble tout trouvé : revenir voir le spectacle !

Une troupe en alternance

Imaginée par Sébastien Azzopardi et Sacha Danino, L’Embarras du choix repose aussi sur une troupe en alternance qui doit s’adapter, chaque soir, aux décisions du public.

Selon les représentations, on retrouve notamment Amaya Carreté, Lorna Roudil, Maud Le Guénédal, Julie Desbruères, Sébastien Azzopardi, Thomas Perrin, Augustin de Monts, Delphin Lacroix, Stéphane Giletta ou Thierry Lanckriet.

La mise en scène est signée Sébastien Azzopardi.

Infos pratiques

L’Embarras du choix

Théâtre de la Gaîté Montparnasse

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