L’affaire Corneille-Molière : l’enquête sur un vrai mystère !
Et si Molière était une invention de Corneille ? Cette question, fondée sur de vraies rumeurs qui divisent encore l’opinion, est le point de départ de l’intrigue de «L’affaire Corneille-Molière»,dont nous avons rencontré une partie de l’équipe.
Marc, vous êtes l’auteur et l’un des comédiens de la pièce. Comment vous est venue l’envie d’écrire sur ce thème ?
Marc Tourneboeuf : En entendant un podcast de Franck Ferrand, en 2020. Pour lui, il ne faisait aucun doute que Corneille avait écrit les pièces de Molière. De fait, il ne livrait que les preuves qui accablaient Molière. Je suis ensuite allé lire le site des profs de la Sorbonne, qui disait tout l’inverse et qui expliquait pourquoi Molière avait bien écrit ses vers.
Cette opposition entre les deux sources m’a beaucoup intrigué, c’est ce qui m’a donné envie de fouiller un peu plus et d’écrire cette pièce.
« C’EST HYPER RÉCENT LE FAITD’AVOIR LÉGIFÉRÉ TOUT ÇA, LES NOTIONS DE PROPRIÉTÉ ARTISTIQUE, INTELLECTUELLE. ÀL’ÉPOQUE, CE N’ÉTAIT PAS UN SUJET »,
Quelle est la part de fiction dans la pièce ?
MT : Quasiment toutes les preuves amenées par les protagonistes sont réelles, jusqu’à des faits assez troublants dans une théorie que j’avance au cours de l’intrigue. Les personnages principaux, eux, sont inventés mais beaucoup d’autres qui peuplent l’histoire sont réels.
Que pensez-vous de cette théorie ? Est-ce que la pièce vous a fait changer d’avis ou a fait naître des doutes ?
Nicolas Wanczycki : Il y a un personnage qui explique, assez justement je trouve, que ce n’est pas ce qui importe finalement : qui écrit quoi, les coups de main que peuvent se donner les auteurs, les idées qu’ils échangent. L’important ce sont les textes.
Camille Nicolas : Un ami qui est avocat dans le droit de la propriété intellectuelle m’expliquait que c’est hyper récent le fait d’avoir légiféré tout ça, les notions de propriété artistique, intellectuelle. À l’époque, ce n’était pas un sujet : un peintre commençait le clair-obscur et tout le monde le copiait ensuite.
Martin Jaugey : J’aime bien ce genre de théories car j’aime l’Histoire en tant que telle, et lui donner une dimension romancée a donné une autre saveur à mes petites recherches personnelles à la Bibliothèque Nationale de France !
L’enquête offre aux spectateurs un véritable voyage dans le temps puisqu’elle les emmène en 1672, en 1968 et même dans les années 20. Comment appréhendez-vous ces différentes époques ?
Cécile Covès : On change beaucoup de costumes, il y a la voix aussi, le phrasé, la langue, et un travail sur les lumières notamment.
MJ : Je fais la musique live dans le spectacle, et avec Nathan Robain, le compositeur, on vient aussi, musicalement, habiller différemment les scènes selon l’époque. Une scène qui se passe au 17ᵉ siècle, par exemple, on l’accompagne beaucoup au clavecin, tandis que dans les années 60 on va avoir de la contrebasse, de la guitare électrique, de la batterie…
« ÇA PEUT SOULEVER DES PASSIONS ET BOULEVERSER DES CONVICTIONS. JE PENSE TRÈS HUMBLEMENT QUE CETTE PIÈCE VA CHANGER LA FACE DU MONDE ! »
Quelle est, selon vous, la force de la mise en scène de Julien Alluguette ?
MT : Elle est très enlevée et assez intemporelle, car elle ne vient pas marquer une époque plus qu’une autre. Elle met sobrement en lumière certains personnages, enjeux ou moments clés, et s’efface rapidement pour laisser la part belle au jeu.
Damien Bellard : Il y avait une volonté de Julien de travailler un rythme assez soutenu pour avoir, malgré l’enquête et la complexité de certains rapports entre les personnages, cette émulsion entre les trois étudiants. Chaque personnage a une identité très forte, certains sont très hauts en couleurs, c’est assez chouette.
Avec une trentaine de personnages, différentes époques, de nombreux rebondissements : quels ont été les plus gros challenges à relever ?
MT : La pièce n’a pas forcément été pensée pour être jouée sur une scène, elle est assez cinématographique. Certaines scènes se déroulent parfois sur plusieurs lieux en même temps, et ça a été complexe à mettre en scène pour que ce soit clair pour nous et pour le public.
NW : Les changements de costume et la caractérisation des personnages. Pour ma part j’en ai 12 à jouer, et ça a été un peu acrobatique au début, mais très chouette comme défi !
CN : Le plus compliqué pour moi c’est le personnage d’Alaïa, une étudiante à la Hermione Granger, dans Harry Potter. Elle est vraiment brillante, vive, elle a un langage hyper maîtrisé : c’est un personnage avec lequel je n’ai pas droit à la moindre hésitation, au manque d’articulation, ni au manque de vocabulaire si je me trompe de texte.
MT : Alaïa ça veut dire « intelligence » en hindou, d’ailleurs ! Car tous les noms ont une histoire. Pour Thomas Norcille, par exemple : Norcille est l’anagramme de Corneille, et Thomas c’était le nom du frère de Corneille…
Une anecdote à nous confier ?
NW : L’actrice qui a créé le rôle d’Alaïa a voulu tester une voix en live sur une scène pendant une représentation. Ça a surpris tout le monde et on a bien mis vingt minutes à reprendre la pièce sans mourir de rire au plateau !
CC : Je me change beaucoup, et à un moment j’ai une vieille jupe orange, moche, en matière un peu moquette. Et j’ai une ceinture pour la comédienne de la Comédie Française, et je suis arrivée avec la ceinture accrochée à la jupe et j’ai fait toute une scène comme ça.
MT : Il est arrivé que des gens, des aficionados de l’affaire, partent de la pièce en disant que c’était n’importe quoi ! Ça peut soulever des passions et bouleverser des convictions. Je pense très humblement que cette pièce va changer la face du monde ! (rires)
Un mot pour résumer cette pièce ?
Ensemble : Festif, ludique, instructif, multidisciplinaire, croyances.
Par Mélina Hoffmann





