Ex Utéro – Interview avec Sophie Brugeille l’autrice et Sabrina Nanni la comédienne « d’Ex Utéro »

 

Nous évoluons tous dans un monde de représentations individuelles et collectives.
Comment s’accomplir dans le chahut des tiraillements intimes et des rôles prescrits par la société ?
Sabrina Nanni et Sophie Brugeille abordent ces questions à travers l’histoire d’une femme dont la trajectoire invite aussi les hommes à se reconnaitre

 

Pouvez-vous situer pour nos lecteurs le thème de votre création ?

Sabrina Nanni : C’est un voyage intime, la naissance d’un enfant et d’une mère, et la renaissance d’une femme. L’histoire s’adresse aussi aux hommes. Ils y ont leur place. Ça parle du chemin de vie. « Ex Utéro » en opposition à « In Utéro » nomme la vie en dehors.
Nous sommes tous des « Ex Utéro ». « Ex », c’est aussi ce qui n’est plus, ce qui appartient au passé.

Sophie Brugeille : C’est une pièce sur le cheminement et l’accomplissement personnel gonflé à l’optimisme. En sous-texte, Ex Utéro explore la quête de soi et le dépassement à travers le parcours de vie d’une femme qui parle également des/aux hommes.

 

 

Qu’en est-il de la genèse de ce seule-en-scène pour le théâtre ?

SN : C’est avant tout une histoire d’amitié. Nous étions en train de travailler sur un projet lorsqu’un accident de la vie est survenu. J’ai voulu en faire quelque chose. Le spectacle que nous avions en tête a alors pris une nouvelle tournure. Ex Utéro est né comme pour sublimer ce qui fait mal.

J’adore la plume de Sophie, très drôle et grinçante. « Ex Utéro » est un acte poétique sans censure, ni pathos, résolument tourné vers la vie.
SB : Nous étions sur un autre sujet, aussi du côté du féminin. La vie a complètement réorienté l’écriture. Une façon pour Sabrina et moi de tenir à distance la douleur. J’ai dû sortir de ma zone de confort, trouver une autre forme de récit et aller vers quelque chose de plus sensible. L’humour est resté central, mais nous devions trouver d’autres ressorts.

Partant de l’intime, comment votre création porte aussi quelque chose d’universel ?

SN : Ce spectacle s’adresse à toutes les femmes, qu’elles soient mères ou non. Les hommes s’y retrouvent. Leurs retours en témoignent. On aborde le couple, le désir, la sexualité, le deuil, le développement personnel, le renoncement, le fantasme, la parentalité, le doute. Ça résonne pour tous.tes. La mise en scène de Sally Micaleff est sobre, laissant toute la place aux émotions, à l’invisible, au souffle de la résilience et du vivant.
SB : Au-delà du cas individuel, le spectacle questionne le rôle, la place, les représentations, les rapports humains. Les femmes, les mères, les hommes, les pères, les fils, les filles sont interpellés. Ex Utéro interroge un sujet de société à travers l’expérience intime.

Ex Utéro joue avec les registres du fantasme et de la réalité. Quelle est votre perception ?

SN : Mon personnage vit profondément ce qu’il ressent. Imaginaire ou réalité, ça fait partie de son cheminement. C’est du vécu.
SB : Imaginaire et réalité se mêlent. De bout en bout, il s’agit de réalité où le rêve n’empêche pas d’aimer. Il faut avoir aimé pour laisser partir.

La création artistique serait-elle une issue aux épreuves de la vie ?

SN : Ex Utéro est un objet théâtral à la fois divertissant et propice à la réflexion. Un hommage à l’imaginaire qui transforme la douleur sans s’y perdre, bien au contraire.
SB : La création, c’est un accouchement. Quelque chose change. Le processus créatif fait partie des chemins. Plusieurs voies existent pour dépasser l’épreuve.

Vous parlez souvent de ce spectacle en disant « On » ?

SN : Il n’arrive pas souvent que l’autrice et la comédienne soient liées par l’amitié avant l’acte artistique. Sophie me connait. Ça se sent dans l’écriture. Notre relation est au cœur de cette création. « On », c’est aussi tous les humains convoqués par Ex Utéro.
SB : L’intérêt de notre duo, c’est que le spectacle s’inspire de moments vécus d’histoire de vie de chacune. C’est un cheminement personnel et artistique pour nous deux.

La traversée s’est faite ensemble.

Comment est reçu la pièce par votre public ?

SN : Les gens sont très émus. Ils se reconnaissent de façons diverses dans « Ex Utéro », dans les tranches de vie. Les spectateurs aiment le mélange émotionnel entre rires et larmes.

J’ai fait la centième représentation récemment. Le temps a fait son œuvre. La pièce a évolué. Un mouvement inhérent au spectacle vivant.

Aujourd’hui, c’est la version la plus sincère et la plus aboutie depuis la création.
SB : Plus on joue la pièce, plus on s’approche de ce qu’on a envie de dire. C’est comme une gestation, ce spectacle. Plus que jamais depuis le début, on se rapproche du terme, dans le sens de la sincérité évoquée par Sabrina.

 

Actuellement au Théâtre Libre 

Par Aurore Jesset

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