Taha Mansour – L’EFFET PAPILLON

Interview • Festival Off d’Avignon 2026

Taha Mansour

L’Effet Papillon, une ode au mystère

Taha Mansour sera de retour à Avignon avec L’Effet Papillon, un spectacle interactif conçu comme un voyage mental autour de nos choix, nos perceptions et notre libre arbitre, qui fait la part belle à l’émerveillement.

Par Mélina Hoffmann

L’Effet Papillon Taha Mansour Festival Off Avignon 2026

Avec le temps, qu’est-ce qui a le plus évolué dans votre manière de jouer ce spectacle ?

Je pense que c’est la manière dont j’amène les messages.

Quand j’ai eu l’idée de ce spectacle, en 2018, je voulais partager des idées et laisser beaucoup de place au rêve. Je voyais mon personnage comme une sorte de guide qui ouvre des portes et montre des paysages à des gens.

Aujourd’hui, j’essaie de les amener plus consciemment à se poser certaines questions, que cela vienne d’eux. Quand je voyais des spectacles de magie, de mentalisme, j’avais l’impression que les tours étaient là juste pour faire un truc impossible et rien de plus.

Et je trouvais ça dommage car le mentalisme a le pouvoir de créer des connexions très fortes, de chambouler positivement la vie des gens en ouvrant un questionnement intérieur. Et c’est l’envie que j’ai et que j’assume de plus en plus.

Ces moments d’interaction marquent d’ailleurs parfois beaucoup plus les spectateurs que certains numéros qui semblent complètement impossibles auxquels ils ont assisté. Et tout ce que je dis sur scène est vrai. C’est une contrainte artistique que je me suis donnée.

L’Effet Papillon est une ode au mystère

Taha Mansour

© Monsieur Le Photographe

Comment créez-vous aussi rapidement ce lien de confiance avec des inconnus ?

J’ai appris que ce qui fait peur aux gens, ce n’est pas l’interaction en elle-même, c’est l’inconnu, le jugement des autres et la peur de mal interagir.

Du coup, je commence par les valoriser et par valoriser la rencontre, l’interaction. C’est vraiment important de prendre ce temps-là pour mettre en confiance la personne.

Puis, je simplifie au maximum ce qu’ils ont à faire. J’applique cette règle que j’avais lue dans un livre : « il faut parler aux gens qui montent sur scène comme s’ils étaient des gamins de 5 ans. »

Et surtout, je m’intéresse réellement à la manière dont ils vivent les choses. Ce sont leurs choix qui comptent dans le spectacle, et c’est ce qui fait qu’ils osent aller de leur plein gré sur des terrains plus sensibles, très intimes.

Est-ce que le mentalisme commence par cette attention aux signes presque invisibles : un geste, un regard, une hésitation ?

Ça, c’est le fantasme des gens ! Ils s’imaginent qu’en tant que mentaliste on est tout le temps en train de regarder tous les petits signaux.

En réalité, le langage corporel, les expressions faciales représentent environ 10 % des informations utiles seulement. Le reste, c’est un mélange d’influence, d’intuition, de techniques.

Pour moi le mentalisme repose plutôt sur la création de l’émerveillement. L’Effet Papillon est une ode au mystère.

Vous avez une formation scientifique, et vous travaillez sur l’intuition, l’invisible, le mystère. Est-ce que ces deux mondes se contredisent ou se nourrissent l’un l’autre ?

Je crois qu’ils se nourrissent l’un l’autre. Je suis diplômé de Centrale Paris en ingénierie, j’ai fait des maths et de la physique à gogo parce que j’adore ça, je suis passionné par les sciences humaines, et la compréhension du monde m’a toujours fasciné.

Je trouve dommage ce conflit que l’on voit parfois entre l’émerveillement et la rigueur scientifique qui impose d’être cartésien. D’autant que les plus grands scientifiques qui ont révolutionné le monde ont tous été inspirés d’une manière ou d’une autre par la magie de la vie.

Einstein disait d’ailleurs : « Un homme qui n’est plus capable de s’émerveiller a pratiquement cessé de vivre. »

Le rêve permet de nourrir cette recherche scientifique, et faire cohabiter ces deux dimensions était d’ailleurs l’une de mes motivations.

Le rêve permet de nourrir la recherche scientifique

On associe souvent le mentalisme à de la performance, mais vous tenez aussi à défendre une forme de poésie.

Je pars toujours de l’expérience que j’ai envie de faire vivre au public, jamais de la performance.

Je considère que la technique doit servir le questionnement, l’idée, la sensation que j’ai envie de faire vivre au public.

Je veux que les gens repartent avec un ressenti, qu’ils se reconnectent à l’instant présent et aux miracles quotidiens.

Quand on ouvre les yeux et qu’on prend le temps de s’intéresser aux détails, aux petites choses qui nous entourent, la vie elle-même suffit déjà à provoquer de l’émerveillement.

Après plusieurs années de tournée et un passage remarqué à Paris, qu’est-ce que le Festival d’Avignon change dans votre relation avec le public ?

Un producteur que j’avais rencontré à Avignon justement m’avait dit cette phrase très juste : « Le public parisien te juge, le public avignonnais t’aime déjà et le public provincial t’attend. »

L’exigence de ces publics n’est en effet pas la même. À Paris, les gens vont plus régulièrement au théâtre, donc il faut les conquérir.

À Avignon c’est encore différent : les gens t’aiment déjà puisqu’ils ont choisi ton spectacle parmi 1 700 propositions !

Et puis, l’ambiance est différente et favorise les échanges. J’ai hâte d’y être !

Infos pratiques

L’Effet Papillon

Théâtre 3S

Du 4 au 25 juillet 2026 à 18h20
Relâche les 8, 15 et 22 juillet

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