Hernani
Festival Off Avignon 2026
Hernani
Dans l’ombre des clans, la puissance de la lutte
Création pour l’édition 2026 du Festival Off d’Avignon, Hernani se voit transposé dans un univers contemporain de mafias européennes par le metteur en scène Édouard Dossetto. Dans cette adaptation qui fait résonner le texte d’Hugo avec les fractures de notre époque, la comédienne Marie Benati interprète une Dona Sol libre et insoumise, au cœur de tous les désirs et de tous les affrontements.
Par Émilie Hangue-Moquiot
Pouvez-vous nous parler de cet Hernani transposé de l’Espagne du XVIe siècle au grand banditisme d’aujourd’hui ?
Ce que j’aime beaucoup dans les mises en scène d’Édouard Dossetto, c’est son souci de transposer les classiques pour qu’ils continuent à faire écho. Ça remet au cœur du texte d’Hugo la violence dont il est question, mais pas une violence esthétisée ou romantisée.
Ça met en valeur un aspect concret : dans quelle mesure peut-on encore considérer aujourd’hui qu’un homme qui tue, qui est violent, est un héros ? Hernani, là, est un personnage complexe, clivant, un peu un anti-héros.
Comment se concilient les alexandrins d’Hugo et des codes proches du thriller et du film d’action ?
L’alexandrin hugolien a vraiment un côté brut, inattendu. Il est presque brutalisé, haché, parfois abrupt. Je trouve que la langue d’Hugo porte en elle-même cette violence, cet aspect imprévisible, surprenant, qui va avec les codes de jeu.
En toute humilité, on a l’impression d’être fidèle à son esprit de révolution, de provocation, de nouveauté, en fait.
La langue d’Hugo porte en elle-même cette violence
Vous incarnez Dona Sol, une figure d’indépendance convoitée par tous. Comment l’avez-vous abordée ?
Le travail autour du texte de base a été long et très intéressant. Hugo, qui est un homme de son temps, écrit autour du motif récurrent du triangle amoureux autour d’une femme convoitée et de ses schémas de séduction. C’était difficile de trouver comment en faire autre chose.
On s’est raccroché au désir de Dona Sol de décider pour elle-même, d’acquérir sa liberté, de se protéger. Et aussi à sa volonté d’user des mêmes armes que les hommes. Pour survivre dans ce monde d’hommes violents, elle est prête à être violente, elle aussi.
Je ne dis pas que ça en fait un modèle, mais ça en fait une figure moderne et surtout, qui montre les conséquences de ces schémas de violence. Une femme, si elle ne veut pas être une victime, potentiellement, n’a pas beaucoup d’alternatives que la violence elle-même.
C’est ça que j’aime dans le personnage, parce que ça en fait aussi un personnage qui n’est pas purement une idole, image de la pureté, de la douceur, ça en fait l’image de la lutte dans tout ce qu’elle a aussi de violent.
Une figure moderne qui montre les conséquences de ces schémas de violence
Que peut-on apprendre d’elle ?
Cette volonté de ne faire ni concessions ni compromis, de prétendre à la liberté sinon la mort. Je ne sais pas si c’est quelque chose qu’on peut apprendre d’elle, parce qu’encore une fois, les moyens employés sont quand même très radicaux, mais c’est admirable qu’elle se jette tout entière dans la lutte.
Elle ne supplie jamais pour elle-même, par contre elle supplie pour Hernani. Je trouve que ce n’est pas pour mettre l’amour au premier plan, parce qu’elle a plein d’autres choses, mais je trouve que ça reste quand même une belle preuve d’engagement.
Elle-même est prête à complètement oublier sa propre noblesse, la richesse. Tous ces biens-là sont secondaires par rapport au désir de vivre une vie libre avec l’homme qu’elle a choisi. Ça aussi, je pense que c’est inspirant.
À ses côtés, c’est une galerie de personnages bannis, tiraillés entre loyauté, vengeance et désir de pouvoir. Ont-ils des résonances avec notre époque ?
Bien sûr, comme toujours. Le roi Don Carlos est la figure du pouvoir quasi absolu, et pourtant, il est tout de même en quête de plus de pouvoir. Je pense que c’est une figure malheureusement très réelle et encore très actuelle.
L’importance du rang social, du respect de cette hiérarchie à moins d’être exclu, pointé du doigt ou incompris, c’est une réalité. Le fait qu’un puissant n’ait pas à se justifier, c’est aussi très vrai. Pareil pour l’usage de la force.
Dans Hernani, il y a une forme de radicalité dans les luttes. C’est quelque chose qu’on vit beaucoup en ce moment, à l’échelle des débats politiques. Comme si différentes voix ne pouvaient pas coexister, ne pouvaient pas se faire entendre.
Infos pratiques
Hernani
Théâtre La Luna – Avignon
À 20h45, du 4 au 25 juillet 2026.
Relâche les 9, 16 et 23 juillet.




