Danton Robespierre

© Francis GROSJEAN

Quand l’Histoire devient théâtre : avec Danton Robespierre – Les Racines de la Liberté, la Compagnie Fracasse nous convie à l’ultime face‑à‑face entre deux géants de la Révolution française.
Écrit et interprété par Hugues Leforestier et joué aux côtés de Nathalie Mann, le spectacle donne voix à un dialogue inouï.
Entre Danton, fougueux et impulsif, et Robespierre, ascète froid et idéologue, se joue un duel à mort — duel d’idées et d’idéaux.
Cette joute théâtrale vient questionner les racines de notre liberté d’aujourd’hui.

 

Hugues, qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire sur ce dernier face-à-face entre Georges Danton et Maximilien Robespierre ?

Hugues : Cette période de l’Histoire est passionnante : tout est allé très vite, et notre présent l’éclaire autant qu’il en découle. Ce qui est formidable, c’est que les spectateurs à la sortie disent qu’ils ont envie de continuer, et de se replonger dans cette période révolutionnaire. On oublie que Robespierre et Danton avaient été de proches alliés jusqu’à ce dernier face-à-face. La pièce raconte ce point de bascule : Danton rappelle à Robespierre les idéaux qui les ont portés, et Robespierre tente de lui faire saisir que ce moment de l’Histoire est unique – et peut être vain si on ne va pas jusqu’au bout.

 

Nathalie, qu’avez-vous ressenti en découvrant le texte qui vous a convaincue de porter Robespierre sur scène ?

Nathalie : Au départ, j’étais un peu perplexe : non pas à l’idée de jouer un homme, mais à celle de réussir à trouver Robespierre, que j’imaginais austère et rigide. Morgane Lombard, notre metteuse en scène, a tout de suite adhéré à l’idée, mais il a quand même fallu deux mois à Hugues pour me convaincre ensuite ! Je voulais que mon interprétation ait du sens. Et puis, après deux semaines de travail, le personnage est venu de manière très organique. Je travaille de façon instinctive. Les intentions de jeu et les mouvements me venaient puis Morgane m’aidait à les affiner.

 

Dans le récit, quelle est la part de réalité historique et celle inventée ?

Hugues : Tout s’inscrit dans une réalité historique : la plupart des répliques, aussi incroyables qu’elles soient, viennent réellement de l’un ou de l’autre, comme cette lettre où Robespierre assure Danton de son amitié tendre et dévouée » jusqu’à la mort », quelques mois avant de l’envoyer à l’échafaud. J’ai même retrouvé une trace écrite d’un témoin qui était l’ami de Danton, donc pas forcément très objectif… J’ai aussi glissé quelques anachronismes en clin d’œil à notre temps, ainsi qu’une reprise de La Tendresse de Bourvil pour accompagner l’humanité des deux hommes.

Nathalie : Oui, Hugues a retranscrit cette réalité historique tout en élargissant le propos pour proposer une vision complète au public, comme la place des femmes dans la Révolution, quand bien même ce n’étaient pas spécifiquement des thèmes portés par Danton et Robespierre.

 

Hugues : Les femmes étaient omniprésentes et ont joué un rôle essentiel. Condorcet — le seul Girondin qui estimait Danton — défendait leur émancipation au sein de cette lutte. Il devenait intéressant et plausible que Danton invoque Condorcet face à un Robespierre chantre de l’égalité.

 

Vous formez un duo seul en scène et incarnez deux figures historiques extrêmement marquées. Comment avez-vous préparé ce travail en miroir, et comment avez-vous trouvé la juste distance pour éviter toute caricature dans l’opposition entre Danton et Robespierre ?

Nathalie : C’est un véritable seul en scène en duo : le public assiste au dernier échange entre deux amis que tout unit et sépare à la fois. Leurs idées s’opposent, leur passé commun ressurgit, leurs visions de la vie diffèrent, et leur affection vacille. Notre enjeu est de préserver la sincérité de cet affrontement. Ni Hugues ni moi n’avions le physique de ces figures (rires), mais nous avons cherché à en restituer l’authenticité.

Hugues : Au moment de cette dernière rencontre historique, Danton et Robespierre sont presque comme un couple qui divorce : on dévoile une relation intime qui se brise. Quand je joue Danton, je me concentre sur l’enjeu du moment — sauver ma tête — plus que sur l’Histoire. Et face à Nathalie, qui incarne vraiment son personnage, je n’ai qu’à écouter et réagir.

 

© Francis GROSJEAN

Comment la mise en scène vous aide-t-elle à interpréter ces personnages ? 

Nathalie : Morgane Lombard a été présente tout au long de la création, et ce dès la première lecture. Elle a choisi Charlotte Villermet pour les décors et costumes, Catherine Nicolas pour les perruques, et avec Maurice Fouilhe et Florent Lavalée, elle a créé une atmosphère qui nous plongeait dans les enjeux intimes de cet échange.

Hugues : Tout a été pensé pour porter le récit subtilement. La table, conçue par Charlotte et Morgane, rappelle la guillotine de manière subliminale. Les détails —Robespierre arrivant sur scène derrière un voilage, Danton impétueux tapant du poing sur la table — donnent une corporalité aux personnes et renforcent le récit. Tout cela permet au public de les reconnaître et de se plonger pleinement dans l’histoire.

 

La pièce traite de liberté, de démocratie, de conflit d’idées, de responsabilité. Quelles sont les réactions du public en sortant du théâtre ?

Hugues :Enthousiastes ! (rires) Pendant la pièce, on se nourrit de leurs réactions : il y a des rires, mais surtout un silence attentif. Après chaque représentation, on discute avec les spectateurs, en costumes, comme une troisième mi-temps ! Nous sommes toujours surpris par la diversité du public, y compris des jeunes, et leur curiosité à comprendre les enjeux entre ces personnages, et à saisir pleinement leurs points de vue.

Nathalie : Une des particularités de notre compagnie est de privilégier l’échange avec le public.Hugues fait revivre l’Histoire, les gens posent des questions, et on discute de la résonance avec aujourd’hui. Souvent, on me parle de mon travail sur Robespierre : c’est très riche, on adore ces moments avec notre public.

Du 13 septembre 2025 au 03 janvier 2026 (relâche le 23 décembre 2025) au Théâtre des Gémeaux Parisiens

Par Caroline Guillaume

Customized Social Media Icons from Acurax Digital Marketing Agency
Visit Us On LinkedinVisit Us On Instagram