FLORENCE MENDEZ

Délicate

L’humoriste, chroniqueuse et autrice est reconnue pour son engagement social, sa capacité à dire tout haut ce que certains pensent tout bas. Dans « Délicate », elle transporte le public dans son monde, fait part de ses idées d’une manière encore plus franche et directe qu’à la radio. Rencontre avec une artiste qui ne mâche délicatement pas ses mots.

Florence Mendez, vous êtes humoriste et chroniqueuse, engagée, à l’affiche de votre seule-en-scène Délicate. Comment le présenter en quelques mots à nos lecteurs ?

Vous avez oublié « autrice », c’est la partie que je préfère !

Vous postez régulièrement sur les réseaux sociaux vos chroniques dans l’émission La Dernière sur Radionova. En quoi la chronique est un exercice d’écriture différent du stand-up ?

Une chronique est un exercice compliqué, vous n’avez que 3 minutes pour convaincre, faire rire les personnes qui vous écoutent en tâchant d’avoir un peu de fond tout de même. Lorsque je joue mon spectacle, j’ai le temps d’installer mon univers, de montrer qui je suis.

Vous portez haut et fort des engagements socio-politiques, notamment féministes, dans votre travail. Est-ce que votre humour est né de cet engagement ou l’inverse, l’œuf ou la poule ?

Je crois que l’humour et l’engagement ne font pas partie de la même espèce. J’ai toujours, d’aussi loin que je me souvienne, fait preuve d’humour dans toutes les situations, même les plus difficiles. L’humour a toujours été pour moi un
mécanisme de défense et parfois même d’attaque. Si mon humour n’était pas engagé, au service de causes importantes, je crois que j’aurais juste l’impression d’être un clown (avec tout le respect que j’ai pour les clowns), d’être au service du pouvoir, de divertir les gens pour leur faire oublier que la situation va mal. Moi, je veux me servir de mon humour pour dire que rien ne va, et qu’on peut tout changer.

Vous avez collaboré avec Léo Domboy pour la direction artistique du spectacle. Quel regard, quels conseils a-t-elle pu vous apporter ?

J’ai rencontré Léo Domboy au festival d’Avignon en 2019, à l’époque où je n’osais pas encore aborder le sujet de mon autisme et de ma santé mentale sur scène. Elle a très vite vu à travers moi, elle m’a poussée à être plus moi-même, à raconter mon histoire aux gens. Moi j’étais convaincue que ça ne plairait pas, que je serais jugée et moquée. Comme quoi… Au-delà d’être un humain sensible, intelligent et complètement à part, Léo a un vrai œil pour l’humour. Elle va voir beaucoup de spectacles également, je dis à tous les artistes qui ont la chance de croiser son chemin de suivre ses conseils, même si ils sont parfois donnés avec la délicatesse d’une hache émoussée.

Quels sont les retours du public ? Vous surprend-il parfois ?

Les gens qui viennent me voir et qui ne me connaissent pas sont souvent eux-mêmes surpris. J’imagine qu’avec mon physique il y a toujours l’un ou l’autre préjugé, même inconscients, une meuf avec une forte poitrine ça n’aborde pas de sujets profonds, c’est connu… Ou alors ils ne s’attendent peut-être pas à être touchés, peut-être qu’avec mon humour de bulldozer à la radio ils ne s’imaginent pas qu’il y ait une vraie sensibilité derrière. Mais la plus belle réaction, celle qui fait que je ne suis toujours pas lassée de ce spectacle, même après des centaines de représentations, c’est quand les gens me disent qu’il les aide, eux ou leurs proches. Cela donne un sens non seulement à ce que je fais sur scène mais aussi à la souffrance que moi j’ai vécue. Elle n’est pas vaine, et ça c’est important. Je ne crois pas en Dieu (ou alors j’y crois mais je suis très fâchée avec lui et je préfère le mec d’en bas, j’ai pas encore décidé) donc c’est essentiel pour moi de trouver du sens dans tout ce que je fais et dans tout ce que je vis.

Une citation, un dicton, ou un message à faire passer pour clore cette interview ?

On parle d’envoyer tout le monde à la guerre, je pense qu’il est temps d’envoyer tout le monde à l’école. Je vous laisse méditer une citation de Margaret Atwood (l’autrice de La Servante écarlate) : « La méchanceté et la stupidité sont exactement la même chose si l’on compare aux résultats ».

Actuellement, au Métropole

Par Léa Briant