Interview – BORDERLINE

@FABIENNE RAPPENEAU

UN HUIS CLOS IMPRÉVISIBLE ET JUBILATOIRE 

Daniel Russo et Philippe Lelièvre forment un duo explosif dans “Borderline”, la dernière création de Flavia Coste, dont les pièces ont conquis plus d’un million de spectateurs en France et à l’étranger depuis 2017. Après “Non à l’argent !” et “Alors on s’aime !” elle signe une comédie délirante qui propose une approche humoristique et originale du monde de la psychanalyse. Daniel Russo, plein d’ingéniosité, est également co-metteur en scène du spectacle. 

 

Pouvez-vous pitcher la pièce ? 

Daniel Russo : C’est une histoire de fous ! 

Philippe Lelièvre : Un gars fait une psychanalyse depuis des années et, un jour, il décide qu’il est guéri. Il va alors l’annoncer à son psy. Mais ce n’est pas franchement une bonne idée. Quand on assiste au spectacle, on comprend très vite qu’il ferait mieux de rester encore 10 ans allongé sur le divan. 

 

Qu’est-ce qui vous séduit dans l’écriture de Flavia Coste, et plus particulièrement dans Borderline ? 

DR : Son écriture est à la fois moderne et originale. La grande force de la pièce, c’est qu’ elle ne cesse de gagner en intensité, et elle monte vraiment très haut. Le rythme est incroyablement soutenu, on ne sait jamais ce qui va se passer. En plus, Flavia participe au  travail avec nous, elle s’implique, elle apporte des idées, elle est ouverte à toutes les propositions. 

PL : Et puis, elle écrit sur ce qu’elle connaît. Borderline ne sort pas de nulle part, l’auteure s’ appuie sur des choses qu’elle a vécues. Elle parvient à nous faire rire à partir de situations qui ne sont pas nécessairement drôles. C’est merveilleusement pensé, et les rôles sont formidables, nous sommes deux acteurs de comédie au service d’un propos sérieux. 

DR : Les sujets abordés sont profonds mais le comique ressort toujours, et ça c’est fondamental.  

 

Daniel, vous interprétez le rôle du psychiatre, et Philippe, celui du patient. Pouvez-vous décrire chacun le personnage de l’autre ? 

PL : Daniel incarne un psy qui est dans la retenue, qui se contient. Mais qui parfois, tout d’un coup, se laisse aller à quelques envolées. Et on le comprend, c’est impossible de ne pas craquer face à un tel zèbre ! Les gens rigolent, ils s’identifient à cet homme qui se coltine ce cinglé toute la journée. Et ce qui est intéressant, c’est qu’il a son lot de problèmes lui aussi, avec sa femme notamment. Mais lui, personne ne le prend en charge ! 

DR : J’ai demandé à Philippe de réaliser un exercice particulièrement difficile. On dit toujours à un comédien d’aller au bout de son intention. Là, au contraire, il doit donner vie à un personnage qui n’a pas de suite dans les idées, et qui passe par plusieurs émotions en une seule phrase. Et il le fait génialement ! 

PL : Composer il n’y a rien de mieux, je fais ce métier pour ça. J’adore les bossus, ceux qui vont mal, qui ont des doutes, des problèmes cachés, c’est fascinant à jouer. Je ne vais pas chercher à me documenter pour un rôle, je préfère laisser parler mon instinct. Un jour, une jeune fille est venue me voir après la représentation, et m’a confié être “borderline”. Elle m’a expliqué qu’elle s’était vraiment reconnue dans mon jeu, c’était le plus beau compliment qu’ elle pouvait me faire. J’étais heureux d’être dans le juste. 

 

C’est la première fois que vous partagez l’affiche, et l’on perçoit une véritable complicité artistique entre vous … 

PL :Tout de suite, ça a été une rencontre amicale.Daniel est un partenaire extraordinaire, il est présent et attentif. Ce n’est pas un metteur en scène qui impose ses idées, il est à l’écoute. Il sait vous laisser expérimenter, vous tromper, tout en vous rattrapant quand ça devient nécessaire. Parfois, un petit mot suffit à remettre la machine en place. 

DR : Quand je mets en scène, je ne suis pas là pour dire à un comédien comment il doit jouer, ni pour lui imposer des directions. Si je lui fais signe c’est que j’ai envie qu’on crée quelque chose ensemble. Avec Philippe, c’est un véritable échange.Nous sommes tous les deux des bosseurs. Même à la centième représentation, on continue de débriefer, on sait qu’ il y a toujours matière à progresser. Le travail sur une pièce ne s’arrête jamais. 

 

Daniel, vous co-signez la mise en scène avec Amanda Russo, votre fille. Comment se passe cette collaboration ? 

DR : C’est un vrai plaisir de faire équipe avec Amanda, elle est constamment en alerte. Elle a une très bonne lecture, elle sent bien les choses, et voit tout de suite le potentiel d’un texte. Son avis m’importe beaucoup. D’ailleurs, il m’arrive souvent de lui soumettre les pièces que l’on m’envoie.  

 

Vous cumulez chacun plus de 45 ans de carrière et avez en commun une incroyable énergie, votre envie d’être sur scène semble ne jamais faiblir. Votre amour pour le métier est indéfectible ? 

DR : Ce n’est pas un travail, c’est une passion. Quand je vais au theâtre le soir, je ne dis pas à ma femme que je pars travailler, je lui dis que je vais jouer !  

PL : On ne sera jamais à la retraite ! Aujourd’hui, je me sens le même comédien qu’à 20 ans. C’est une passion qui ne s’étiole pas, je suis toujours content de monter sur scène, même si j’ ai mal à la tête, même si c’est une mauvaise journée. Il suffit de regarder les acteurs qui ont 80 ans qui donnent tout sur les planches, et jouent jusqu’au bout. Le spectacle vivant, ça vous maintient en vie. 

DR : On peut avoir 40 de fièvre, au moment où on foule la scène, ça disparaît, ça n’existe plus. Par contre, quand le rideau se referme, on tombe. 

PL : Avec le rideau ! 

 

Au Théatre de Passy dès le 10 janvier

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