Interview Frédérique Lazarini, L’École des femmes

À l’occasion de sa mise en scène de L’École des femmes, Frédérique Lazarini propose une relecture contemporaine et troublante du chef-d’œuvre de Molière.

 

© Marion Duhamel

Pourquoi revenir aujourd’hui à ce classique qu’est L’École des femmes ?

J’adore Molière mais je connaissais finalement assez mal cette œuvre. En la relisant, j’ai été frappée par son actualité, surtout après l’époque #MeToo. On y découvre l’histoire d’un homme qui élève une très jeune fille dans l’ignorance pour en faire plus tard son épouse.

Ce qui m’a profondément touchée, c’est que Molière se place du côté d’Agnès : il l’accompagne vers la liberté et l’émancipation. Voir une héroïne si jeune modifier le destin des autres personnages et choisir sa vie amoureuse dans une œuvre classique, c’est rare et inspirant.

Cette modernité m’a immédiatement donné envie de la monter aujourd’hui. 

 

Vous avez imaginé Agnès enfermée dans une maison transparente, constamment surveillée. Que permet ce dispositif ?

Je voulais rendre visible l’intimité et les pensées secrètes des personnages.

Grâce à la vidéo, le spectateur observe Agnès en permanence, tout comme Arnolphe, qui peut même zoomer sur elle. Cela crée quelque chose de vertigineux et fait glisser la pièce vers un thriller.

On voit cette jeune femme, enfermée dans une pièce vitrée, rêver, hésiter, résister intérieurement. La vidéo multiplie les points de vue et révèle l’amour obsessionnel d’Arnolphe, à la frontière entre autorité paternelle et désir amoureux.

 

© Marion Duhamel

En quoi le personnage d’Agnès incarne-t-il une figure d’émancipation ?

Le rapport de force finit par s’inverser. Par l’amour, Agnès prend conscience qu’elle peut choisir sa vie. Son innocence devient une force, presque une lucidité instinctive. C’est une jeune femme qui conquiert sa liberté, résiste à son prédateur et finit par s’affranchir de celui qui voulait décider pour elle.

Pour ce rôle, j’ai trouvé une jeune comédienne québécoise, Sara Montpetit, qui est formidable. Elle a une innocence authentique, une sorte de pureté.

 

Qu’aimeriez-vous que le public redécouvre à travers cette mise en scène ?

Que Molière parle encore puissamment d’aujourd’hui, et que cet héritage reste vivant, sensible et profondément contemporain.

Cette pièce est un camaïeu formidable où cohabitent une forme de tragédie et la farce. C’est un bijou.

 

Mélina Hoffmann

Au Théâtre Artistic Athévains.

Social Network Widget by Acurax Small Business Website Designers
Visit Us On LinkedinVisit Us On Instagram