JE M’APPELLE ASHER LEV

Interview de Hannah Jazz-Mertens

© Alejandro Guerrero

La première version française de la pièce à succès d’Aaron Posner, tiré du best-seller de Chaïm Potok, continue de séduire le public au théâtre des Béliers Parisiens. Adaptatrice et metteuse en scène, Hannah Jazz Mertens signe un spectacle bouleversant sur l’art, la spiritualité, le poids des traditions et la quête identitaire.

Artiste pluridisciplinaire, vous êtes passionnée par l’écriture, le théâtre, le chant et la musique. D’où vient cette vocation artistique ? Racontez-nous votre parcours.

Je pense que ça vient beaucoup de ma famille et en particulier de mes parents. J’ai une famille assez tournée vers l’artistique : mon grand-père était très cinéphile et il écrivait des chansons, mon père est musicien, ma mère est scripte… J’ai été nourrie de films, de livres, de sorties au musée et de concerts depuis mon plus jeune âge, ils m’ont vraiment transmis cette passion et je les en remercie !

Pouvez-vous pitcher Je m’appelle Asher Lev pour ceux qui ne connaissent pas encore cette œuvre et ce personnage ?

C’est adapté d’un magnifique roman de Chaïm Potok. C’est l’histoire d’Asher Lev, un jeune garçon qui possède un don extraordinaire pour le dessin et la peinture. Mais, grandissant dans une communauté juive ultra orthodoxe de Brooklyn, il va se retrouver confronté à l’incompréhension de ses parents et aussi se retrouver tiraillé entre ses traditions familiales et son don qu’il ne peut pas ignorer. Malgré ce contexte assez précis, cela traite d’un sujet universel : comment on devient soi sans se trahir tout en allant parfois à l’encontre de ce que nos parents veulent pour nous, et s’ils seront fiers de nous à l’arrivée.

Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez lu le roman pour la première fois ? Qu’est-ce qui vous a donné envie de mettre en scène ce monument de la littérature ?

C’est très difficile de mettre des mots là-dessus. J’ai été complètement bouleversée par ce roman, comme ça m’est rarement arrivé. Au début, sans vraiment comprendre pourquoi. J’étais un peu obsédée par ce livre, je devais absolument le lire dès que j’avais un moment de libre. Et puis, très vite, j’ai commencé à avoir des images de ce que ça pourrait rendre sur scène. J’en ai parlé à ma mère qui m’a dit « arrête d’en parler et fais-le » et j’ai suivi son conseil !

La pièce connaît un succès retentissant et provoque des émotions très fortes chez les spectateurs. Comment expliquez-vous un tel engouement ?

Je pense que cette pièce traite vraiment d’un sujet universel. Ça parle avant tout d’une famille qui s’aime sans se comprendre. Je crois que tout le monde peut se reconnaître à un endroit différent de l’histoire ou dans certains personnages. Et ce que j’aime énormément, c’est qu’il y a beaucoup de subtilité dans la manière dont cette histoire nous est présentée : tous les personnages peuvent être attachants, même avec leurs contradictions et leurs défauts. Il n’y a pas le bien d’un côté et le mal de l’autre, c’est bien plus complexe que ça, comme dans la vie finalement !

Le texte est porté par trois comédiens fabuleux qui semblent prendre un plaisir fou à raconter cette histoire ensemble. On sent entre eux une connexion incroyable, une harmonie parfaite. Comment est née cette complicité ?

Ce qui est très beau dans la manière dont s’est montée cette pièce, c’est qu’il y a eu une vraie rencontre de tout le monde autour de l’amour de cette histoire et de ce texte. Acteurs comme équipe créative, d’ailleurs. Je pense que ça a été le départ de la complicité. Et puis, parfois, il y a des choses qui ne s’expliquent pas vraiment, une forme de magie qui opère. Mais c’est vrai qu’on forme une petite famille maintenant !

Parlez-nous de la scénographie astucieuse et originale imaginée par Capucine Grou-Radenez…

La rencontre avec Capucine a été d’une fluidité rare. On a travaillé avec un délai assez court finalement, mais ça faisait 2 ans que j’avais des images et des envies qu’il a fallu lui retranscrire alors qu’on ne se connaissait pas. Et Capucine a immédiatement compris, a plongé dans l’univers et a merveilleusement traduit ces idées pour les rendre concrètes. La volonté de cette scénographie était de tout faire avec ce qui est sur scène quand le rideau s’ouvre, faire vivre différents espaces avec les mêmes éléments de décor et principalement avec cette grande fenêtre qui trône et qui a une place centrale à l’histoire. Mais ça, je ne vous révèle pas pourquoi, il faudra venir voir la pièce ! Et tout est sublimé par les lumières si délicates de Bastien Gérard, un vrai travail d’équipe.

La beauté de cette adaptation réside également dans la grande richesse de son univers musical. Quelle place occupe la musique au sein de la pièce ?

Elle occupe une place très importante, et, paradoxalement, les silences aussi. Avec la musique, l’idée était de faire vivre l’intériorité d’Asher. Comme c’est un peintre et qu’il passe beaucoup par la vue, c’est aussi comme ça que j’ai communiqué avec Anne-Sophie Versnaeyen, la compositrice. Je voulais que la musique soit très « visuelle » en un sens. Anne-Sophie a fait un travail merveilleux, elle a tout de suite compris où je voulais en venir et a su créer une vraie identité sonore. Et ces très beaux moments musicaux font exister également tous les moments de silence et les mettent en relief.

Quelle est la réplique du spectacle qui vous bouleverse le plus ?

« Sois un grand peintre, Asher Lev. C’est la seule justification possible pour la peine que tu es sur le point de causer ».

D’autres projets en cours ?

Tout à fait ! Je suis également comédienne/chanteuse, et je suis actuellement en répétitions pour un spectacle musical tout public sur l’univers d’Ulysse qui se jouera au théâtre des Variétés à partir d’octobre, une toute autre ambiance ! Et puis je continue à essayer de créer mes propres projets… On verra bien ce que l’avenir me réserve !

Actuellement, au Théâtre des Béliers Parisiens

Par Marie-Lys de Cerval