JULIEN SANTINI – UN STAND-UP IRRÉSISTIBLE
UN STAND-UP IRRÉSISTIBLE
Découvert par le grand public au festival de Montreux et aujourd’hui chroniqueur sur France Inter, Julien Santini s’affirme comme une figure montante de l’humour, et se distingue par son style unique. Il revient avec un nouveau spectacle décalé, poétique et totalement inclassable.
Votre parcours est atypique. À quel moment réalisez-vous que votre voie, c’est le Stand-up?
Le théâtre m’a sauvé la vie quand j’étais plus jeune. À l’époque, j’étais en décrochage scolaire, et seul cet univers me permettait de m’épanouir. Très tôt, j’ai compris qu’être sur scène était une vocation pour moi.
C’est pourquoi j’ai intégré une école d’art dramatique. Mais trouver du travail s’est révélé difficile, et je n’étais pas encore prêt mentalement. J’ai donc démarré une carrière dans la fonction publique, un environnement où je ne me suis jamais totalement senti à ma place. J’ai alors commencé à participer à des tremplins pour jeunes talents, je me suis inscrit à des festivals d’humour en France, en Belgique et en Suisse.
Petit à petit, j’ai multiplié les scènes, je me suis mis en disponibilité, et j’ai enfin pu envisager d’exercer ce métier sereinement.
Comment décririez-vous votre spectacle ?
Ce spectacle est ma carte d’identité théâtrale.J’y aborde mes origines, mes parents, mes rêves de cinéma, mon parcours dans son ensemble. Je me raconte en veillant à choisir un angle où chacun puisse se retrouver.
Qu’est-ce qui vous fait vibrer dans ce métier?
Quand je sens que j’emporte la salle avec moi et que les spectateurs rient. Je vise avant tout l’efficacité comique, c’est le principe du Stand-up. Je suis content quand le public estime que je fais bien mon travail.
Quel est votre plus beau souvenir sur scène ?
À Ajaccio, il y a quelques mois, j’avais l’impression de ne pas satisfaire pleinement les gens. Je les entendais rire, mais j’avais vraiment envie d’enflammer le match, et je ne les sentais pas particulièrement chaud. Et subitement, à la fin, je les ai tous vus se lever d’un coup pour applaudir à tout rompre. J’ai été touché, c’était complètement fou.
Comment vivez-vous cette notoriété grandissante ?
Je suis très heureux de jouer devant des salles pleines, de pouvoir m’éclater, et je vais tout faire pour que ça dure. Mais je me refuse à y croire, et je vois ça comme un accident. Ça me permet de prendre ça calmement, avec du recul, et si un jour ça s’arrête, ça ne sera pas grave.
Le mot de la fin ?
Récemment, j’écoutais l’interview d’un ministre, et j’ai été agacé qu’il utilise l’expression “c’est un grand théâtre » pour désigner une prise de parole incohérente à l’Assemblée nationale.
Les responsables politiques associent constamment le champ lexical du théâtre au registre du faux et du désordre. Ce kidnapping du vocabulaire théâtral est préoccupant. Il imprime, dans l’inconscient collectif, l’idée que le théâtre n’est pas un secteur sérieux, et qu’il serait impossible de gagner sa vie en travaillant dans le spectacle vivant.
Or la France est le seul pays au monde à avoir créé le statut d’intermittent du spectacle. Elle porte une culture et la respecte. Nous exerçons un métier magnifique, alors pourquoi, dans le langage, continue-t-on à le rattacher à quelque chose de confus et d’illusoire?
Ça fera l’objet d’une de mes prochaines chroniques sur France Inter.
Par Marie-Lys de Cerval




