La guerre de Troie n’aura pas lieu
Festival Off Avignon 2026
La guerre de Troie n’aura pas lieu
Un appel à la mobilisation ?
Dans cette mise en scène contemporaine du texte de Giraudoux écrit en 1935, Troie devient une véritable cellule de crise où les responsables politiques et militaires débattent sous tension. La question des portes de la guerre quand la guerre est à nos portes, voilà bien ce qui fait toute l’actualité et l’acuité troublante de cette tragi-comédie. Son metteur en scène, Édouard Dossetto a répondu à nos questions.
Par Émilie Hangue-Moquiot
Qu’est-ce qui vous a interpellé dans le texte de Jean Giraudoux ?
Quand j’ai lu son texte, je me suis retrouvé moi-même dans les dilemmes que je pouvais avoir quand j’étais négociateur à l’ONU sur le climat, confronté à la fois au comique et au tragique dans les pourparlers internationaux.
Je me suis rendu compte que Giraudoux a une finesse dans l’écriture, avec cet humour un peu amer sur la réalité de ce qui fait la discussion entre les grands décideurs du monde. Avec une grande perspicacité, il arrive à l’écrire de manière amusante, pour nous alerter sur les ressorts qui mènent à la guerre.
Comment avez-vous adapté la pièce dans un imaginaire politique et diplomatique contemporain ?
Je me suis basé sur cette expérience pour faire une mise en scène très moderne, avec des ordinateurs, de la visio, des costards, des caméras, des micros.
Le texte s’y prête très bien, avec trois temporalités : l’histoire d’origine, celle de l’Antiquité, l’aube de la Seconde Guerre mondiale quand Giraudoux écrit, et puis, notre actualité.
Ce qui est très juste de la part de Giraudoux, plutôt que de faire d’Hélène, la fautive, la responsable de la guerre, c’est de l’identifier comme le prétexte à cette guerre qui ne se fait que pour les ressources. Dans l’œuvre, c’est le blé, le colza, aujourd’hui on dirait le pétrole. Les Grecs viennent pour prendre toute la richesse de Troie qui est la civilisation qui les menace, parce qu’elle est aussi avancée que la leur.
« Une guerre qui ne se fait que pour les ressources »
Que pouvez-vous nous dire d’Hector et d’Andromaque, ces deux figures pacifistes en proie à leurs dilemmes ?
Giraudoux a aussi beaucoup de talent pour croquer, avec humour et finesse, ses personnages. Un peu mythologiques, très humains, très ordinaires, ils sont piégés dans leurs dilemmes moraux, politiques et amoureux.
Ce couple est presque une entité politique. Lui, le premier prince de Troie, elle, une reine qui dirige la cité quand lui fait la guerre. Tous les deux sont pacifistes et luttent pour éviter la guerre, mais de manière un peu vaine, puisque la guerre va advenir.
Ce qui est intéressant, c’est de voir qu’ils sont prêts à tout, même au pire, pour éviter la guerre, pour ralentir son imminence.
Je me suis amusé dans le travail du texte à donner des répliques d’Hector, d’Hécube, parfois de Priam, à Andromaque. Ça m’intéressait d’en faire la cheffe négociatrice en lui distribuant des lignes. Face à Ulysse, la personne la plus intelligente dans la pièce, c’est elle.
« Prêts à tout, même au pire, pour éviter la guerre »
Écrite en 1935, la pièce résonne aujourd’hui de manière troublante. Face à la bêtise des hommes et des éléments, pensez-vous que le théâtre puisse avoir une portée plus forte que la voix de Cassandre ?
En tout cas c’est ce que pense Giraudoux qui écrit cette pièce pour alerter ses contemporains sur les ressorts qui mènent à la guerre.
Ce qu’il nous apprend dans cette pièce, c’est que le théâtre n’agit pas sur la raison, il agit sur quelque chose de beaucoup plus profond dans l’inconscient collectif et qui est important à rappeler aujourd’hui.
Ce qui nous conduit à la guerre, ce sont évidemment les belliqueux motivés par les honneurs, les intérêts privés, un certain romantisme, mais aussi les pacifistes prêts au pire pour l’éviter.
La guerre advient aussi par ceux qui se taisent, ceux qui, par leur silence, se rendent coupables de l’inéluctabilité de la guerre. C’est quelque chose que je trouve essentiel dans cette pièce : le théâtre peut faire plus que Cassandre qui alerte et qui est maudite.
Ce que le théâtre nous apprend, c’est qu’il ne faut pas rester spectateur.
Infos pratiques
La guerre de Troie n’aura pas lieu
Théâtre des Brunes – Avignon
À 14h50 du 4 au 25 juillet 2026.
Relâche les 8, 15 et 22 juillet.




