LES MONOLOGUES DU MACHIN – INTERVIEW THOMAS CARUSO ARAGONA
LA MASCULINITÉ MISE À NU
Tout le monde a entendu parler des “Monologues du vagin” d’Eve Ensler, premier spectacle féministe, traduit en 45 langues et joué aux quatre coins du globe. “Les Monologues du machin” en propose le pendant masculin. Auteur et metteur en scène de la pièce, Thomas Caruso Aragona questionne la place de l’homme à notre époque avec légèreté et sensibilité. Entouré par des comédiens exceptionnels, il livre une performance théâtrale magistrale, et nous révèle tout ce qu’on a toujours voulu savoir sur le zizi.
Pouvez-vous nous parler de votre parcours artistique ?
Ayant toujours voulu être musicien, j’ai commencé par me former en musique au conservatoire de Chambéry. J’aimais tellement l’atmosphère de ce lieu que j’ai eu envie d’y rester. J’ai donc choisi d’intégrer les cours d’art dramatique et c’est là que je me suis passionné pour le théâtre. Rapidement, j’ai eu la chance de me professionnaliser, et de vivre de cet art. Par la suite, j’ai débuté une carrière de chanteur, et je me suis fait remarquer par mon écriture. J’ai eu la chance d’écrire des chansons pour de nombreux artistes comme Louane, Hoshi, Claudio Capéo, Tina Arena, Joyce Jonathan, Jenifer ou encore Ibrahim Maalouf. Tout au long de ma vie, je me suis baladé entre musique et théâtre, deux univers qui se complètent et nourrissent ma créativité. Il y a quelques années, j’ai fondé la Comédie des Alpes, le tout premier théâtre privé des Pays de Savoie. C’est un véritable laboratoire et un fantastique terrain de jeu, j’y ai créé des spectacles qui rencontrent un joli succès. Les Monologues du machin est le premier à être joué à Paris.
Comment est née l’envie de faire le versant masculin des “Monologues du vagin” ?
L’idée m’est venue après avoir lu un article expliquant qu’une grande majorité des femmes associait spontanément le mot “masculinité” au mot “toxique ». Ce constat m’a profondément heurté. J’ai alors décidé d’écrire un texte qui parle de la masculinité autrement, qui la neutralise. Je ne suis pas là pour faire de la pub aux hommes, mais pour leur redonner une place juste, humaine, vulnérable.

© Mélissa Edo
Tant elle est précise et documentée, la pièce prend parfois des allures de conférence sur le pénis…
Le spectacle est ludique, et en même temps, c’est un véritable exposé théâtral. J’ai passé des mois à faire des recherches. Plus j’avançais dans mon exploration du sujet, plus j’en mesurais la complexité. Et j’ai réalisé que moi-même, je n’y connaissais pas grand chose finalement. C’est pour ça que j’ai souhaité être rigoureux et transmettre au public un maximum d’informations. Je conseille Les Monologues du machin à tous les jeunes que je rencontre. Ça aurait changé ma vie d’homme si j’avais pu voir ce spectacle à 14 ans. Il nous aide à comprendre que nous traversons tous les mêmes difficultés, que nos problématiques sont communes. Cela nous rassemble dans notre sensibilité, dans notre rapport à nous-mêmes, à notre pudeur. Et je crois vraiment que tout ce qui nous unit nous renforce, à titre personnel et collectif.
Sur scène, vous êtes trois comédiens. Il était important pour vous que le message soit porté par des hommes ?
Les femmes ont souvent pris la parole sur ces questions, à juste titre, mais on a rarement entendu les hommes s’exprimer. Les voir s’emparer du sujet et mettre en avant des chiffres terrifiants, comme ceux concernants la violence faite aux femmes par exemple, c’est troublant et essentiel. Ce spectacle n’est pas féministe, il est résolument humaniste. Il tend à explorer ce que signifie être un homme aujourd’hui, au sens large. Il met en avant plusieurs typologies maculines, chacune avec ses caractéristiques, ses spécificités, l’aspect queer est également très representé.
Comment la pièce est-elle reçue par le public ?
Les femmes sont particulièrement émues après chaque représentation. Elles éprouvent une grande curiosité à l’égard des hommes. Je me doutais qu’elles seraient séduites par un texte qui aborde le sexe masculin avec une impudeur assumée et une grande délicatesse.
Les hommes aussi sortent bouleversés du théâtre, et ça je m’y attendais moins. Ils se sentent représentés, se reconnaissent, et me livrent des retours très forts. Les gens me disent souvent qu’ils ont ri à en pleurer au début, et qu’ils ont fini par pleurer tout court. J’avais à cœur que ce spectacle fasse du bien au public, ces réactions me touchent profondément.
Théâtre de la Comédie Bastille
À partir du 8 janvier
Par Marie-lys Cerval





