LOS GUARDIOLA

Créé il y a près de dix ans par le duo Giorgia Marchiori et Marcelo Guardiola, Los Guardiola invite à un voyage en sept rêves et demi. Sur scène, la danse et le théâtre gestuel s’entrelacent pour évoquer, avec poésie et humour, les dimensions comiques et tragiques de la comédie humaine. Un voyage où le corps devient langage, et où la beauté du geste tient lieu de parole.

 

Le spectacle existe depuis 2016, mais revenons à ses origines : comment est née cette création ?

Cette création est le fruit de la rencontre entre deux copains de l’École de Mime de Buenos Aires, une danseuse-philosophe italienne et un acteur-musicien et metteur en scène argentin.

De cette rencontre est né le désir d’un dialogue muet multidisciplinaire qui constitue la base du spectacle. Au fil des années, celui-ci a changé, comme toute matière vivante, en devenant de plus en plus onirique, éthéré.

Initialement consacré à la représentation de la comédie humaine, le spectacle s’est transformé pour en raconter désormais les rêves. Une transformation en accord avec notre vision actuelle, où la limite entre rêve et réalité devient de plus en plus floue, jusqu’à parfois presque disparaître, telle une brume matinale.

 

Vous présentez Los Guardiola comme une “fantaisie en 7 rêves et demi”. Que symbolise ce demi-rêve ? Est-ce une ouverture, une suspension, ou une manière d’inviter le spectateur à prolonger l’imaginaire ?

Les trois ! Bonne question. Comme en musique, ce « demi » donne toute la tonalité du spectacle.

Il est d’abord réel, car il y a véritablement un demi-rêve : une introduction, un passage que le spectateur doit découvrir — et chacun en aura sa propre version. Mais c’est aussi une suspension, et surtout une invitation à entrer dans l’univers de l’asymétrie, de ce qui échappe à la définition et au cadrage conceptuel, plutôt propres au monde de la parole (à l’exception, bien sûr, de la parole poétique).

 

Votre spectacle rend hommage aux “arts intemporels “ — la danse, le théâtre gestuel, la pantomime — tout en évoquant des références subtiles comme Chaplin ou Keaton. En quoi votre démarche cherche-t-elle à renouveler ou à réinventer ces formes classiques ?

Un classique est intemporel, c’est justement ce qui le rend extraordinaire.

Plutôt que de « réinventer » le classique, je dirais que nous le mettons en dialogue : la poésie, la danse, le théâtre gestuel, la musique et les arts du cirque se fondent harmonieusement les uns dans les autres, créant ainsi un univers particulier — celui de notre style.

 

Dans votre univers, le tango quitte la piste pour devenir un véritable langage théâtral. Quelle transformation subit-il lorsqu’il devient matière à récit plutôt qu’à performance?

Pas seulement le tango : c’est le cas de toutes les disciplines artistiques présentes dans le spectacle — chacune quitte sa propre piste.

Par exemple, le cerceau aérien du cirque se détache de sa fonction acrobatique pour devenir une créature lunaire qui raconte son histoire, dansant sur pointes, avec des contorsions inspirées des mouvements de la lune. Tout est au service du récit : chaque art, dans ce sens, devient un langage théâtral.

 

Dans cette époque de mots et d’images, votre art du silence et du corps semble une exception. Que pensez-vous que le retour à cette forme d’expression apporte à notre temps et aux spectateurs ?

Nous vivons dans un monde où les informations sont souvent fausses ou brouillées. On peut mentir avec les mots, mais le corps, lui, ne ment pas : il est clair, sincère, et son langage est simple et transparent. Je crois que c’est une nécessité de notre époque : revenir à la simplicité, à la clarté.

C’est aussi un besoin profond de notre temps de laisser voyager l’imagination — voir ce qui n’est pas visible. C’est ce que le grand art du mime accomplit magistralement. Ces deux dimensions — la transparence et l’imagination — peuvent sembler contradictoires, mais elles ne le sont pas du tout : le langage poétique a justement cette particularité d’aller à l’essence des choses tout en préservant le mystère de leur être.

 

Vous avez présenté Los Guardiola dans plus d’une quinzaine de pays. Comment le public réagit-il selon les cultures ? Certaines émotions ou interprétations vous ont-elles particulièrement surpris ? 

 

En réalité, la réaction la plus évidente que nous recevons sur scène est celle liée à l’humour — tout simplement parce qu’elle s’entend. Et il faut avouer que l’humour varie énormément d’un pays à l’autre. Il y a, par exemple, des pays comme le Royaume-Uni, où le rire naît souvent de moments d’arrogance, de méchanceté ou de violence (ils ont une magnifique tradition de clowns !), d’autres comme l’Italie, où l’on rit beaucoup lors des « colpi di maschera » — ces instants où l’acteur regarde avec complicité le public —, et encore d’autres, comme le Danemark, où c’est la délicatesse ou la timidité d’un geste qui fait sourire. C’est toujours passionnant et surprenant pour nous de découvrir ces nuances au fil des tournées !

 

Vous avez déjà présenté ce spectacle plusieurs fois en France, que trouvez-vous de particulier avec le public français ?

C’est un public très sensible à la poésie et à la beauté visuelle.

Nous nous sentons en grande harmonie avec cet esprit. Ce n’est sans doute pas un hasard si nous jouons ce spectacle ici, à Paris, depuis 2017 — nous aimons profondément ce public et cette relation artistique qui s’est tissée au fil des années.

 

Du 03 janvier au 28 février 2026 au Théâtre des Gémeaux Parisiens.

 

Par Caroline Guillaume

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