MON ROYAUME POUR UN PONEY


Interview

Mon royaume pour un poney

Rire de tout, surtout du sérieux

Par Caroline Guillaume

Et si le théâtre décidait de se regarder lui-même… et d’en rire ?

Avec « Mon royaume pour un poney », Philippe Vieux et Gwen Aduh plongent dans les coulisses d’une création chaotique, où égos, absurdité et passion s’entrechoquent. Portée par une troupe déjantée, la pièce détourne Richard III pour mieux explorer la fragilité des artistes et la folie du spectacle vivant. Entre satire mordante et comédie jubilatoire, elle célèbre l’art de faire du chaos… un grand moment de théâtre !


Comment est née l’idée de Mon royaume pour un poney et à quel moment avez-vous décidé de collaborer ensemble sur ce projet ?

Philippe Vieux : J’avais envie de parler à la fois de la fragilité de la création et de la fragilité de la vie, de la frontière ténue entre la validité et le handicap ainsi que l’arrogance des valides à l’égard des handicapés et tout cela sur le ton de la comédie, sans se moquer bien sûr. Nous avons offert le rôle principal à un comédien en situation de handicap, comme une évidence, le personnage de Richard III l’étant lui-même. J’avais déjà joué dans une mise en scène de Gwen Aduh (Les faux British) et je me suis rendu compte qu’il était le metteur en scène idéal pour ma pièce. Son univers colle parfaitement au mien !

Gwen Aduh : J’ai beaucoup ri dès la première lecture. Philippe Vieux travaille un humour centré sur la fragilité des personnages, un terrain que j’avais déjà exploré dans Les Faux British. Il l’aborde autrement, en questionnant la création professionnelle et notre perception du handicap en tant que personnes valides. Le spectacle joue ainsi sur un double décalage : d’un côté, il revisite un grand classique de Shakespeare ; de l’autre, il en détourne les codes jusqu’à les pousser vers l’absurde et la folie. Ce mélange crée une forme de comique à la fois subtile et percutante.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de traiter des coulisses du théâtre sous un angle aussi corrosif ?

P.V : Créer, c’est forcément affronter ses peurs, mais aussi celles des autres. C’est repousser avec panache toutes les contraintes possibles et imaginables ! Ce n’est jamais un fleuve tranquille ! C’est un véritable petit miracle quand tout se passe bien ! Les artistes subissent tant bien que mal la pression et les enjeux du milieu. J’ai moi-même souvent été confronté à des situations rocambolesques, absurdes, irrésistibles qui m’ont forcément inspiré !

G.A : C’est notre quotidien depuis des années. Cette exigence, ce regard parfois mordant, viennent de là : d’une pratique partagée, d’une complicité construite dans le temps. Et puis, il y a cette idée simple : qui aime bien châtie bien. Notre mordant n’est jamais gratuit, il est le reflet d’une affection réelle et d’un respect du travail. On se permet d’aller plus loin, d’être plus incisifs, parce qu’on se connaît, parce qu’on sait que cela sert le projet et qu’il y a, derrière, une confiance solide. Cette énergie un peu piquante fait partie de notre identité : elle donne au public une sincérité et une intensité qu’il ressent immédiatement.

« J’AVAIS ENVIE DE PARLER À LA FOIS DE LA FRAGILITÉ DE LA CRÉATION ET DE LA FRAGILITÉ DE LA VIE, DE LA FRONTIÈRE TÉNUE ENTRE LA VALIDITÉ ET LE HANDICAP »

PHILIPPE VIEUX


Comment s’est articulé votre dialogue artistique entre écriture et mise en scène ?

P.V : Gwen Aduh m’a gentiment proposé de s’immiscer dans mon écriture, ce que j’ai accepté et je ne le regrette pas. Il a fait grandir ma pièce. Pour la mise en scène, je lui ai fait entièrement confiance, et là aussi je ne le regrette pas. Il a fait un travail fabuleux !

G.A : Pendant des semaines, nous avons multiplié les allers-retours, peaufinant chaque idée. Nous rebondissions sans cesse sur ce qui nous faisait rire, en cherchant à prolonger ces intuitions et à les pousser plus loin. L’enjeu était aussi de nous surprendre mutuellement, de ne jamais nous installer dans une facilité. Chaque proposition devenait un terrain d’expérimentation, nous étions toujours guidés par l’envie de trouver le juste décalage. En nous surprenant l’un l’autre, nous avons construit une forme capable de surprendre le spectateur et de l’embarquer dans notre univers.

Comment avez-vous travaillé avec les comédiens pour construire ces personnages excessifs mais crédibles ?

P.V : Nous avons les mêmes goûts artistiques Gwen et moi, nous aimons les monstres, les personnages singuliers, en marge, hors normes ! Dans l’excès, il y a forcément de la comédie. Il faut l’associer avec de la sincérité : c’est tout le travail que Gwen a distillé aux comédiens.

G.A : Nous portons tous en nous des fêlures, des fragilités, des singularités. Ce sont précisément ces zones sensibles que les comédiens explorent pour construire leurs personnages. En les assumant et en les amplifiant, ils donnent naissance à des figures à la fois profondément réalistes et pourtant hors du commun. C’est là que naît l’émotion, mais aussi une forme de reconnaissance chez le spectateur, qui peut s’y retrouver.

À quel type de public s’adresse cette pièce : initiés du théâtre ou grand public ?

P.V : C’est une comédie tout public ! Ce qui est absolument délicieux, c’est comme l’autre soir, d’entendre des rires d’enfants se mélanger à des rires d’adultes et de seniors !

G.A : Tous, sans exception. Car la pièce parle du théâtre, bien sûr, mais elle évoque aussi quelque chose de plus universel : le fait de suivre ses rêves et de ne pas se laisser abattre par l’adversité. Elle questionne notre capacité à tenir bon, à persévérer malgré les obstacles, les doutes et les échecs. Au fond, elle interroge une chose simple et essentielle : comment maintenir son cap dans la tempête ?

THÉÂTRE GAÎTÉ RIVE GAUCHE

Du mercredi au samedi 21h
Samedi et dimanche 16h30

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