NAPO
Et si Napoléon livrait une dernière bataille … en 2025 ? Encore faut-il survivre aux trottinettes, aux débats télévisés et aux réseaux sociaux. NAPO, la nouvelle comédie d’Éric Delcourt propulse une figure historique convaincue d’être indispensable face aux absurdités de notre époque.
Portée par une troupe aux énergies multiples et une mise en scène survitaminée, la pièce transforme le choc des temporalités en machine à rire qui vient interroger notre monde.
Faire surgir Napoléon en 2025 est une idée immédiatement lisible : le point de départ de la pièce est historique, mais le terrain de jeu est contemporain. Qu’est-ce qui vous amusait le plus dans l’idée de confronter Napoléon au monde d’aujourd’hui ?
Avec mon co-auteur Tony Zannier, ce qui nous amusait le plus, c’était le choc frontal.
Napoléon est un homme de certitudes, d’autorité et de vitesse. Il débarque dans un monde qui doute, consulte, s’excuse et scrolle. Le rire naît immédiatement de ce décalage : dans le rapport au pouvoir, au temps, au courage. Mais ce rire révèle quelque chose de plus profond.
Napoléon agit comme un miroir grossissant de nos contradictions contemporaines. Et le trouble que cela crée pose la question suivante : est-il vraiment le plus dépassé des deux ?
Vous prenez des libertés avec la solennité qui entoure Napoléon. Que permet le rire face à une figure aussi chargée symboliquement ?
Je ne trahis pas Napoléon, je le remets en mouvement. La solennité fige, le rire fait circuler. En le faisant rire, je le rends à nouveau vivant, humain, imparfait. Le rire permet de désacraliser sans mépriser, de questionner sans donner de leçon. Quand on rit, on baisse la garde. Et c’est souvent à ce moment-là qu’on accepte de regarder autrement nos mythes et nos figures de pouvoir.
Vous revendiquez une comédie sans message partisan. Comment rester engagé sans devenir clivant ?
Je travaille la comédie par l’humain, jamais par le slogan. Je ne vise aucun camp, j’observe des comportements.
Depuis 2006, j’écris des comédies qui s’adressent au plus grand nombre, avec plusieurs niveaux de lecture, comme savent le faire les films Pixar.
Dans NAPO, le rire naît des situations, des anachronismes, des caractères et des décalages. Mon objectif est simple : que chacun puisse rire sans se sentir attaqué ou exclu. Quand la satire reste incarnée et sincère, elle touche juste, rassemble et devient alors populaire.
La distribution réunit des artistes issus du stand-up, du théâtre et de la télévision.
Comment avez-vous construit une véritable troupe ?
J’aime le théâtre pour son esprit de troupe et l’aventure humaine qu’il impose. Je ne fais pas de hiérarchie entre les disciplines : ce qui compte, c’est la capacité à incarner.
À noter que certains grands stand-uppers sont de piètres comédiens, et l’inverse est tout aussi vrai. Solay, Boubacar Kabo et Salomé Granelli sont avant tout de vrais “comédiens”, capables d’incarner. Le travail a consisté à poser un cadre très précis, presque musical, qui donne le tempo de ma comédie.
À l’intérieur de ce cadre, chacun conserve sa singularité, mais joue la même partition au même rythme. L’écoute et le collectif passent avant la performance individuelle.
La mise en scène et la musique de Romain Thunin dialoguent avec la vidéo de SlipDay et la lumière de Pier Paolo Rili.
Comment cette écriture scénique participe-t-elle du propos ?
NAPO est né d’un dialogue constant entre tous les postes du plateau. La mise en scène très technique et la musique de Romain donnent le souffle et le tempo.
La création vidéo et sound design prolonge et souligne la narration, comme un écho de notre monde saturé d’images et d’informations. La lumière de Pier sculpte l’espace et guide le regard. Les costumes de Léa Robert et Constance de Gourlet finissent d’habiller harmonieusement l’ensemble.
Rien n’est décoratif : tout est au service du rythme, du récit et de l’énergie contemporaine du spectacle.
À travers ce Napoléon convaincu d’être encore l’homme providentiel, que souhaitez-vous que le public interroge ?
Je n’impose pas une lecture, je propose un miroir. Napo est persuadé d’être indispensable et bloqué dans notre époque pour une raison. Et, c’est là que le trouble commence.
À travers lui, on interroge notre rapport au pouvoir, à l’autorité, à notre besoin de figures fortes. Mais aussi notre époque, qui réclame des décisions rapides tout en refusant d’en assumer les conséquences. Et, plus intimement, chacun peut se demander jusqu’où il se croit nécessaire. Le rire ouvre cette réflexion sans jamais la forcer.
De plus, on approche de 2027, les élections arrivant. Et si NAPO était le candidat “naturel” ?
Du 26 janvier au 17 juin 2026
Par Caroline Guillaume




