On peut s’appeler Alain et sauver le monde – Nouveauté du Théâtre Michel

Interview • Théâtre Michel

On peut s’appeler Alain et sauver le monde

Loïc Bartolini : sauver le monde avec beaucoup d’imagination

Un matin, Alain se réveille à l’arrière d’une voiture. Il a été enlevé par une agence d’espionnage écologiste qui a lu dans les feuilles de thé qu’il était l’élu, celui qui doit empêcher un magnat sans scrupule de déverser cent tonnes de déchets dans une nappe phréatique.

Loïc Bartolini signe cette comédie d’action, influencée par la poésie, le mime et les arts du cirque. Il nous raconte cinq ans d’aventure, des parapluies-parachutes et un goût assumé pour l’émerveillement.

Par Sophie Geneste

On peut s'appeler Alain et sauver le monde

Comment ce projet est-il né ?

En pleine période Covid, à l’été 2021, je suis parti d’une seule scène : un homme se réveille dans une voiture, enlevé par une agence écologiste. J’en ai tiré une série audio qu’il m’était impossible de conclure, puisque j’ajoutais constamment des personnages et des arches narratives ! J’ai finalement choisi de la réécrire pour la scène.

Comment passe-t-on de l’audio au plateau ?

Je me suis entouré de Jean Chaffard-Luçon. Nos univers sont très complémentaires, et nos regards sur la structure comme sur la fantaisie se répondent bien. On a donc retravaillé la narration et les personnages, en préservant l’essence du récit et les dialogues auxquels nous tenions.

« Ce spectacle relève le pari d’embarquer le public dans une aventure, sans écran ni vidéo-projection. »

D’où vient cette image d’un homme qui se réveille à l’arrière d’une voiture ?

Notamment d’un roman que je lisais à l’époque Je suis Pilgrim, où figurait une scène comparable. C’était un bon point de départ : un homme ordinaire qui ignore tout de ce qui lui arrive. Pourquoi l’a-t-on enlevé ? J’ai tiré ce fil, avec en tête un anti-héros propulsé dans une agence ultra-secrète pour sauver le monde.

Les dialogues de Kaamelott ou d’OSS 117, au rythme redoutablement efficace, m’ont évidemment inspiré, comme l’univers de Fabcaro et les comédies anglaises : des personnages profondément humains et une situation catastrophique traitée avec légèreté. Tout le monde se prend très au sérieux, simplement, tout le monde est extrêmement incompétent !

Pourquoi Alain ?

Je cherchais un prénom commun. J’ai eu un jour le malheur de dire « médiocre », ce qui n’était pas du tout mon intention : je vais me mettre tous les Alain à dos, à commencer par mon cousin, qui m’a demandé si la pièce lui était destinée…

« Dans la pièce tout le monde se prend très au sérieux, simplement, tout le monde est extrêmement incompétent ! »

Que va-t-il lui arriver, sans trop en dévoiler ?

Bixente Misanto, patron de la multinationale Tatall – les références sont très fines ! (rire), nourrit un plan machiavélique : récupérer les déchets des grandes entreprises sous prétexte de les revaloriser, puis les enfermer dans une torpille lancée au fond d’une nappe phréatique. L’agence le sait sur le point d’agir, sans savoir comment.

Alain part en mission, guidé par Mylène, une opératrice aux airs de bibliothécaire sur le retour, tout sauf compétente. Il devra entre autre affronter un garde rompu aux arts martiaux, traverser les égouts de Paris et sauter en parachute.

Comment fait-on exister tout cela sur un plateau ?

C’est un joyeux défi, et c’est précisément ce qui me plaît. Dans mes précédents spectacles, on détournait des tours de magie pour créer des effets spéciaux. Ici, tout se fait à vue.

Les personnages tirent avec leurs doigts, d’où s’échappe un nuage de shampoing sec. Quand une balle atteint sa cible, un comédien habillé en noir lance trois foulards rouges. Ces images viennent du mime, de la marionnette, du théâtre d’objets.

On fait exister vingt-quatre décors avec six chaises au plateau, et des accessoires qui sont des objets réinventés par Pauline Gallot : la torpille est une planche à repasser, le parachute un parapluie et cætera.

On peut s'appeler Alain et sauver le monde sur scène

Qu’est-ce que ce spectacle exige de ses comédiens ?

Une palette de jeu très large ! L’un d’eux incarne, dans les quatre premières minutes, un figurant, une façade d’immeuble, une poubelle verte et la directrice de l’agence. Chacun est tour à tour technicien, élément de décor et personnage : c’est une chorégraphie ininterrompue d’1h25.

Y a-t-il un fil rouge dans vos spectacles ?

Sans doute le voyage. Embarquez-le, mon premier seul-en-scène, suivait un homme coincé dans un aéroport qui s’inventait une vie de globe-trotteur. RIEN était un voyage initiatique et TOUH une sorte de tour du monde.

Comme je suis photographe par ailleurs, j’ai aussi joué Photographe en liberté, un seul-en-scène qui retrace six années de voyage à travers douze pays en 243 photos. Et même si Alain ne quitte pas l’Île-de-France, c’est un récit de mouvement et d’action.

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