Tel le Fleuve rencontre la mer – ITW croisée
Votre pièce s’inspire de récits documentaires et personnels, pourquoi ce choix ?
Léa : Pour donner une voix à la fois collective et intime au spectacle. Les récits documentaires ancrent l’histoire dans des réalités concrètes, tandis que les histoires personnelles apportent une émotion et une dimension humaine. J’ai été très touchée par les documentaires Wonder Boy d’Anissa Bonnefont et Bienvenue en Tchétchénie de David France ; c’est pourquoi j’ai décidé d’entremêler ces sujets avec mon propre récit. La pièce évoque des thèmes forts tels que l’adoption, l’homosexualité encore condamnée, la transmission, la quête identitaire et la famille.
Le spectacle devient un espace vivant de témoignages multiples, qui invite à la réflexion par le rire et l’émotion.
« 3 familles, 3 pays, 1 destin commun. »
Votre spectacle est multiculturel mais également multilingue. Pourquoi ce choix ?
Léa : Ce choix est né d’une volonté de refléter la diversité du monde dans lequel nous vivons et d’inviter le spectateur à voyager et se questionner au sens large. La multiplicité des pays et des langues est en fait la matière vivante du spectacle : elle ouvre des espaces d’écoute et de ressentis différents.
Les parties qui ne sont pas jouées en français sont sur-titrées, mais tout comme la musique, parfois ce qui se joue est au-delà des mots.
« LA PIÈCE ÉVOQUE DES THÈMES FORTS TELS QUE L’ADOPTION, L’HOMOSEXUALITÉ ENCORE CONDAMÉE, LA TRANSMISSION, LA QUÊTE IDENTITAIRE ET LA FAMILLE », LÉA
Quels messages de la pièce est-il important de porter pour chacun.e de vous ?
Hugo : Que la gentillesse n’est pas un gros mot, c’est un choix. En cela, le personnage de Carmela me touche énormément. Elle décide d’ouvrir sa porte et de faire confiance. Là aussi, c’est un choix. Nous ne sommes pas obligés d’avoir peur de « l’autre ». La pièce nous transmet cela : la rencontre est une richesse.
Emma : Pour ma part, ce serait le pouvoir de la résilience. Je suis admirative du parcours de ces personnages inspirés d’histoires vraies.
À travers leurs petits ou grands succès, leurs failles ou leurs échecs, ils recommencent. Ils nous questionnent sur notre propre histoire…
« C’EST FORMIDABLE DE PORTER DES HISTOIRES QUI SONT UNIVERSELLES », EMMA ET HUGO
Vous êtes trois sur scène pour interpréter dix personnages dont certains parlent l’espagnol et le portugais brésilien. Comment avez-vous travaillé cette polyphonie de rôles et ce passage d’un univers à l’autre ?
Léa : Cela demande un travail minutieux et une grande écoute entre nous. Nous avons construit cette polyphonie en nous appuyant sur des différences dans les postures et les rythmes. Chaque changement de personnage, notamment dans une autre langue, est aussi une invitation à une nouvelle énergie.
Ce va-et-vient constant est devenu, au fil des répétitions, une sorte de danse rythmée où nos individualités nourrissent ce récit multiple.
Votre citation favorite de la pièce ?
Emma : « La liberté est un manteau de soie Emin. N’oublie jamais sa fragilité. »
Hugo : « Le monde est à toi, fais-en quelque chose de beau. »
Vous êtes une compagnie émergente et vous avez participé à votre premier Festival d’Avignon, comment avez-vous vécu cette expérience inédite ? Quel a été le retour du public ?
Léa : Ça a été une grande leçon de travail, d’humilité et riche en émotions. Comme le spectacle était sur-titré en plusieurs langues, le public a été international et ça a été formidable de pouvoir échanger avec des gens venus d’ici et d’ailleurs.
J’ai été très touchée par certains spectateurs pour qui le spectacle a particulièrement résonné et cela donne un vrai sens à mon travail.
Emma et Hugo : Sur le thème de l’adoption, il est arrivé que des parents ou enfants nous attendent après le spectacle pour discuter. L’un d’eux, d’origine brésilienne, nous a particulièrement marqué. C’est formidable de porter des histoires qui sont universelles.
Elles permettent, tout comme nos personnages, de ne pas avoir peur de l’autre et de se laisser porter par la rencontre.
« LA RENCONTRE EST UNE RICHESSE », HUGO
LE LAVOIR MODERNE PARISIEN
Du 10 au 14 décembre
par Caroline Guillaume






