THE LOOP

Un mystère à mourir de rire

Couronnée de succès, la comédie déjantée de Robin Goupil, « The Loop », se joue actuellement sur les planches du Théâtre des Béliers Parisiens. Nous avons rencontré les comédiens Juliette Damy, Stanislas Perrin, Aurélie Boquien et Tristan Cottin pour en savoir un peu plus sur cette intrigue policière bien particulière.

Comment décririez-vous la pièce en une phrase ?

Juliette Damy : Une comédie qui raconte l’histoire d’un interrogatoire policier dans les années 90 aux États-Unis, pris au piège de l’effet papillon.

Stanislas Perrin : The Loop est une parodie des vieux films d’action américain mal doublés, dans lequel l’effet papillon offre une mécanique comique qui se déploie tout du long.

Aurélie Boquien : Une boucle théâtrale dans laquelle on assiste 3 fois de suite au même interrogatoire de police dans un commissariat du Colorado, mais où un micro événement bouleverse à chaque fois le déroulé de l’histoire, la rendant de plus en plus délirante.

Tristan Cottin : une comédie policière complètement déjantée, prise dans une boucle temporelle.

Quel personnage interprétez-vous ?

J.D : Carrie. C’est le personnage avec l’évolution la plus nette selon moi. Elle ne fait que prendre confiance, c’est ce qui la rend étonnante. On ne s’attend pas à son parcours.

S.P : Douglas Johnson, un inspecteur très charismatique et émouvant, qui se bat désespérément contre la corruption de
la ville au point de mettre sa situation familiale en péril.

A.B : Maître Beaver, avocate véreuse complètement perchée qui n’a peur de rien et surtout pas du ridicule.

T.C : Un cliché de méchant de cinéma américain, fils à papa, très masculiniste ! Il a de la répartie (souvent de mauvais goût) mais il se déconstruit au fur et à mesure de la pièce. C’est drôle de le rendre petit à petit fragile et enfantin, de déconstruire les clichés de ces bad boys des films de notre enfance.

Comment diriez-vous que cette pièce se distingue des comédies habituelles ?

J.D : Je dirais dans le fait que l’on prenne au premier degré l’histoire qu’on raconte. On joue vraiment la tragédie de la situation.

S.P : Robin Goupil a su faire le pont entre les ressorts de la comédie classique et les références contemporaines qui permettent de séduire un large éventail de générations. Son écriture est au service des personnages et offre aux acteurs un terrain de jeu qui sort de l’ordinaire. C’est une pièce jouissive à traverser pour nous et j’ai l’impression que le public le ressent.

A.B : Par sa structure narrative et par les codes qu’elle utilise. En ça elle se rapproche de Y a-t-il un pilote dans l’avion ?. L’écriture de Robin est loufoque, précise et moderne. Il sait appuyer là où ça fait rire. Et c’est un rire très libérateur, enfantin.

T.C : The Loop reprend les codes du cinéma et ne s’attarde jamais sur une blague ni sur une situation, même dans les moments les plus absurdes. On avance. Et malgré le ton humoristique, on joue à fond la situation comme une tragédie pour chaque personnage, avec une montée en puissance de folie qui est vraiment surprenante.

Y a-t-il un moment, une réplique, qui vous fasse particulièrement rire entre vous ?

J.D : Quand Tristan Cottin, qui joue Mike, a rajouté un soir, sans prévenir, « le cauchemar des radiologues » à l’un de ses monologues, je crois qu’on a tous beaucoup rigolé !

S.P : Oui il y a un endroit où je me sens toujours fragile. Mike Mitchel imite la voix de son père. J’ai toujours peur de celle que va prendre Tristan à ce moment-là. On est face public, aucun moyen de se cacher.

A.B : Ce qui nous fait rire c’est surtout quand nous n’arrivons pas à dire une réplique. Un peu comme 4 cordistes accrochés les uns aux autres au-dessus du vide, quand l’un de nous glisse ça entraîne vite les autres.

T.C : Dans la troisième partie qui est complètement folle, il y a des moments où je suis obligé de me retenir, car même en suivant un schéma précis on se surprend beaucoup dans cette équipe.

Y a-t-il une place pour l’improvisation ? Vous laissez-vous parfois surprendre par votre personnage ?

J.D : Dans mon personnage très peu, j’essaye juste d’improviser physiquement de temps en temps pendant la partie 3. Quand je suis inspirée, j’essaye un mouvement et je vois si ça marche ou pas avec le public.

S.P : Pas réellement. Tout est tellement huilé qu’il est difficile d’improviser. On a cependant des punchlines que l’on change de temps en temps pour garder de la fraicheur et continuer à se surprendre entre nous.

A.B : Même si tout est très précis on se laisse surprendre par les autres et par nous-mêmes, oui. Il y a souvent des surprises. Heureusement.

T.S : Tout est très millimétré mais on se surprend à changer un mouvement, une parole ou même une punchnline. C’est toujours très vivant malgré la précision et c’est un vrai bonheur à jouer.

Une anecdote drôle à nous partager ?

J.D : Une seule ? Très dur de choisir. Je dirai le monsieur du public au premier rang qui, voulant aider, appelait Doug pour lui rendre ses lunettes de soleil qui tombent (exprès). C’était très drôle.

S.P : Je ne sais pas si c’est drôle mais c’est toujours fou l’instinct de survie qui s’invite quand quelque chose ne se passe pas comme prévu. La pièce commence à peine, je reçois un coup de téléphone et je me rends compte que le téléphone que je dois avoir à ma ceinture n’est pas là. Pris de panique je crie un charabia, je fais un mouvement avec mes bras qui ressemblerait à de la Tecktonik, pour enfin faire un faux téléphone avec ma main. Tout ça en 3 secondes ! J’ai passé le reste de la première partie à trouver une solution pour récupérer mon portable en coulisse.

A.B : Nous avons oublié un soir d’accrocher le téléphone, accessoire essentiel dans l’histoire. A alors commencé la parade des gestes, des chuchotements et des regards en biais entre nous pour réussir à faire comprendre aux autres qu’il fallait l’accrocher.

T.S : On a eu un rire tellement fort et original chez un spectateur que toute la salle, nous y compris, a eu un fou-rire
incontrôlable !

Si vous deviez citer une comédie qui vous a particulièrement marqué.e, inspiré.e, au théâtre et/ou au cinéma ?

J.D : Qui m’a marquée, au cinéma Le dîner de cons, de Francis Veber, et au théâtre La loi des prodigues, de François de Brauer.

S.P : Au théâtre oui : Desperados. C’est une pièce mise en scène par deux compagnies belges (Tristero & Enervé) où 4 mecs déguisés en cowboys questionnent le néant de leurs existences sur un parking à l’arrière d’une voiture. J’ai crevé de rire. Un ovni de comédie.

A.B : Je suis une grande fan de Certains l’aiment chaud, de Billy Wilder. Au théâtre j’ai vu il y a quelque temps une parodie tellement drôle : Les feux de l’amour et du hasard, de la Comédie Presque Française. Et bien sûr No Limit, de Robin Goupil.

T.S : Je suis un grand fan des comédies américaines des années 80, 90 Les Y a-t-il un flic pour sauver la reine ?, Y a-t-il un pilote dans l’avion ?, mais aussi les Monty Python et les premiers films d’Albert Dupontel comme Le Créateur.

Actuellement, au Théâtre des Béliers Parisiens

Par Mélina Hoffmann