Valjean! à l’Essaïon
Christophe Delessart
Quarante ans dans la peau de Valjean
À l’occasion du retour de « Valjean ! » à Paris dans une version revisitée,
Christophe Delessart replonge dans quarante ans d’un compagnonnage intime avec le héros de Victor Hugo.
Entre résilience, amour et vertige intérieur, il livre une lecture profondément humaine du personnage.
Par Mélina Hoffmann
Vous accompagnez Valjean depuis près de quarante ans. Comment votre regard a-t-il évolué ?
Il a évolué en trois temps. Valjean a d’abord été mon héros d’enfance. J’admirais sa force, sa rage,
sa capacité à survivre à ses dix-neuf années de bagne. Il m’a aidé à expier une jeunesse compliquée
et à canaliser une violence intérieure.
Trente ans plus tard, je l’ai redécouvert par le prisme de l’amour et de la transmission.
Cette tendresse m’avait échappé. Avec ma metteure en scène, Elsa Saladin, nous avons exploré cette dimension plus douce.
Aujourd’hui, nous nous intéressons à sa profondeur presque psychanalytique.
Il a tout conquis, et pourtant il choisit de se détruire.
Pourquoi avoir choisi de raconter Les Misérables à travers Jean Valjean ?
C’est une histoire de gamin. Mon premier choc n’est pas littéraire mais cinématographique.
Je vois Gabin dans Valjean et ça devient mon héros. J’ai imaginé un seul-en-scène que je pourrais jouer partout.
Pourquoi revisiter l’adaptation aujourd’hui ?
Parce que ma compréhension du personnage a évolué. J’ai supprimé les artifices pour que tout soit vécu sur scène
et que Valjean apparaisse dans toute sa profondeur.
En quoi cette version est-elle plus immersive ?
Elle est plus simple, dans la forme comme dans le jeu. Il n’y a plus de filtre.
Le spectateur entre directement dans l’intériorité du personnage.
« Valjean ! met des images sur des émotions enfouies, sur des injustices.
C’est là que réside son universalité et son intemporalité. »
En quoi Valjean résonne-t-il avec notre société actuelle ?
Hugo parlait des « misères » au pluriel. Nous n’avons pas vaincu la misère,
nous l’avons parfois maquillée par le confort matériel. L’éducation reste la clé.
Quelle facette de Valjean vous touche le plus ?
Son incapacité à être heureux. Il a tout réussi et pourtant il se détruit.
Beaucoup d’hommes se reconnaissent dans cette souffrance silencieuse.
Le spectacle met des images sur des émotions enfouies.
Les mercredis et jeudis à 19h00





