Le Discours d’un roi – Vu par les personnages féminins

Interview croisée • Théâtre du Gymnase Marie Bell

Le Discours d’un roi

Delphine Depardieu et Grétel Delattre : dans les coulisses de cette nouvelle création

Le Théâtre du Gymnase Marie Bell accueille l’adaptation théâtrale du film oscarisé Le Discours d’un roi.

À cette occasion, Delphine Depardieu et Grétel Delattre nous parlent de cette nouvelle création, de leurs personnages et de leur rencontre avec Philippe Torreton et Francis Huster.

Delphine Depardieu dans Le Discours d’un roi

© Paul Bougnotteau / JMD

Vous êtes actuellement en répétition. Comment se passent ces premières semaines de travail, et quelle ambiance règne sur le plateau ?

Delphine Depardieu : Très mal ! On s’engueule tout le temps, on est en retard… (rires) Non, je plaisante !

Sincèrement, ça se passe très, très bien. J’ai rarement vécu des répétitions dans une ambiance aussi sereine. Et je crois que cela tient beaucoup à notre metteur en scène, Jérémie Lippmann. Il est très à l’écoute, il prend en compte chaque personne, chaque comédien. Pour lui, tout le monde a la même importance.

Grétel Delattre : Oui, je suis d’accord, on a vraiment le sentiment de participer à une création collective, où chacun apporte sa pierre à l’édifice.

Quel est le principal défi lorsqu’on décide d’adapter cette histoire au théâtre ?

Grétel Delattre : Le film était lui-même adapté d’une pièce de théâtre. Jérémie Lippmann a donc voulu retrouver cette dimension scénique. Même si l’histoire reste la même, certains personnages, notamment les femmes, sont ici davantage développés. Cela permet d’enrichir le récit et d’apporter un autre regard sur cette histoire.

À quoi peut-on s’attendre en venant voir Le Discours d’un roi sur scène ?

Delphine Depardieu : Au théâtre, les émotions sont en direct, et c’est ce qui fait la différence ! Ajoutez à cela les jeux de lumière, le son, les décors qui bougent : les spectateurs vont en prendre plein les yeux. C’est du vrai spectacle vivant, avec une mise en scène qui donne une ampleur incroyable à l’histoire. C’est comme voir un film en IMAX !

« Chaque personne a le droit d’exister, de prendre la parole et d’être entendue. »

Philippe Torreton et Francis Huster se retrouvent ensemble pour la première fois sur scène. Comment vivez-vous cette rencontre avec ces deux comédiens aux carrières impressionnantes ?

Grétel Delattre : Ils sont un peu comme leurs personnages : tout les oppose, et pourtant ils se retrouvent grâce au théâtre. Leurs personnalités et leurs façons de travailler sont très différentes, mais c’est justement ce qui est passionnant à observer.

Ce sont des comédiens qu’on admire, qu’on a tellement vus sur scène ou au cinéma… Alors les voir réunis, et avoir la chance de jouer avec eux, c’est particulièrement émouvant et réjouissant !

Delphine Depardieu : Moi, ce que je trouve formidable, c’est de voir à quel point ils ont l’esprit de troupe. Ils ne se placent jamais au-dessus des autres : on est tous sur le même plateau et on y va ensemble ! Il y a un grand respect du travail de l’autre, et c’est vraiment précieux. Ils ont leurs doutes, comme nous avons les nôtres mais on avance tous main dans la main. C’est un groupe, on est dans le même bateau, et ça, c’est vraiment très agréable !

Grétel Delattre dans Le Discours d’un roi

© Paul Bougnotteau / JMD

Parlez-moi de vos personnages : qu’est-ce qui vous plaît particulièrement chez elles ?

Delphine Depardieu : Moi, c’est très simple : je voulais une couronne ! (rires) Quand on me dit : « Est-ce que tu veux jouer la reine, avec Philippe Torreton pour roi ? », excusez-moi, mais je ne vais pas dire non ! Je joue Queen Mum, Elizabeth Bowes-Lyon, l’épouse de George VI et la mère de la reine Elizabeth II.

Grétel Delattre : Je joue deux rôles : Myrtle Logue, la femme de Lionel Logue, le thérapeute incarné par Francis Huster, et Wallis Simpson, la future épouse du roi Édouard VIII, qui abdiquera. Myrtle est une Australienne très populaire, qui aime son mari profondément. Wallis, c’est tout l’inverse ! On raconte officiellement qu’Édouard VIII a abdiqué par amour pour elle. Mais il semblerait que les choses soient plus complexes, notamment en raison de leurs sympathies pro-nazies, qui auraient joué un rôle dans son abdication. C’est passionnant de pouvoir incarner deux femmes aussi différentes. C’est aussi un vrai défi, parce qu’il y a beaucoup de rythme : les scènes s’enchaînent et je dois passer très rapidement de l’une à l’autre.

Qu’est-ce qui vous touche le plus dans cette histoire, à la fois sur le plan historique et humain ?

Grétel Delattre : Cette histoire se déroule à l’aube de la Seconde Guerre mondiale, au moment de la montée du nazisme, dans un contexte international particulièrement menaçant. Et c’est quelque chose qui résonne énormément avec le monde dans lequel on vit aujourd’hui. Quand on entend le discours du roi à la fin de la pièce, moi, ça me donne la chair de poule !

Delphine Depardieu : Ce qui est fascinant, c’est de voir comment ils ont réussi à ne pas basculer du côté du nazisme, comment ils ont fait pour préserver la couronne et protéger le peuple britannique. Sans le roi et son thérapeute, le cours de l’histoire aurait peut-être été très différent. C’est vertigineux de se dire que ces deux hommes ont pu, à leur manière, infléchir le destin d’un pays.

Grétel Delattre : Et puis, ce qui est extrêmement touchant, c’est le courage de cet homme bègue qui, grâce à sa femme, va rencontrer ce thérapeute. C’est une véritable leçon de dépassement de soi, une invitation à aller au-delà de ses limites, de son handicap et de ses peurs.

Delphine Depardieu : C’est aussi une pièce sur la prise de parole. Je trouve important d’en parler en France, parce qu’on n’est pas très bons dans cet exercice : on a souvent peur de parler en public. Dès l’enfance, on nous a répété : « Chut, il ne faut pas parler ! » À travers la relation entre le roi et son thérapeute, on le voit progressivement prendre confiance en lui. À un moment, il dit d’ailleurs : « J’ai le droit d’être entendu. » Il affirme aussi : « J’ai une voix, j’ai le droit d’exister. » Et je trouve cela très beau à transmettre : rappeler que chaque personne a le droit d’exister, de prendre la parole et d’être entendue.

« J’ai une voix, j’ai le droit d’exister. »

Infos pratiques

Le Discours d’un roi

Théâtre du Gymnase Marie Bell

Du 18 septembre 2026 au 3 janvier 2027

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