Mes adorées – Entretien avec Édouard Collin

Interview • Apollo Théâtre

Mes adorées

Avec Édouard Collin

Un hommage vibrant aux femmes qui nous construisent

Dans « Mes adorées », Édouard Collin livre un seul-en-scène aussi intime qu’universel. À travers le portrait des femmes de sa vie qui l’ont aidé à surmonter une enfance cabossée, il compose un récit mêlant humour, tendresse et émotion. Une ode à l’amour familial et à la résilience…

Par Julien Rondet

Mes adorées est votre première pièce en tant qu’auteur. Qu’est-ce qui vous a poussé à prendre la plume ?

Le projet Mes adorées est né d’une réflexion sur mon parcours de comédien et d’une envie de sortir des rôles dans lesquels on me cantonnait souvent, des rôles qui offraient finalement peu de possibilités d’interprétation. Plus largement, on m’a longtemps perçu comme quelqu’un de trop lisse, trop sage, comme si je n’avais pas de vécu ou d’histoire à raconter. L’idée d’écrire s’est alors imposée à moi. Même si je ne me considérais pas comme auteur, j’avais à cœur de rendre hommage à mes deux grands-mères, qui ont joué un rôle essentiel dans ma vie et mon éducation. Je les ai toujours considérées comme des femmes extraordinaires, tant par leur personnalité que par tout ce qu’elles m’ont apporté.

À travers ce spectacle, j’ai voulu partager leur histoire tout en révélant une autre facette de moi-même, plus personnelle et plus intime. C’est ainsi qu’est né Mes adorées.

Qu’est-ce qui a été le plus difficile : écrire ou jouer votre histoire ?

Une fois que j’ai accepté de raconter mon histoire avec sincérité, l’écriture est venue assez naturellement.

C’est incroyable de voir à quel point la mémoire peut faire ressurgir des anecdotes, des détails ou des émotions que l’on croyait oubliés. L’écriture a été cathartique, tout comme le fait de porter ensuite cette histoire sur scène. Ce qui a été le plus difficile, en revanche, c’était d’interpréter ma mère dans certains moments particulièrement douloureux.Au début, j’abordais ces scènes avec retenue.

Ma metteuse en scène m’a poussé à aller au bout des émotions et à ne pas survoler les blessures. C’était éprouvant, mais c’est aussi ce qui a donné toute sa profondeur au spectacle

Édouard Collin, Mes adorées

Mes adorées rend hommage aux femmes qui vous ont élevé et ont contribué à faire de vous l’homme que vous êtes aujourd’hui. Pouvez-vous nous les présenter ?

Il y a d’abord ma mère, que je décris souvent comme ma star hollywoodienne. C’est une femme magnifique, haute en couleur, qui a brûlé la vie par les deux bouts. Elle m’a énormément inspiré et a profondément marqué l’enfant que j’étais.

Il y a ensuite mes deux grands-mères. D’un côté, Mamie Adorée, ma grand-mère maternelle, qui apporte au spectacle sa dimension comique. C’était une petite Marseillaise au caractère bien trempé, avec un franc-parler et une énergie qui rappellent les personnages de Pagnol.

Elle faisait les marchés, avait le verbe haut et un sens de la répartie extraordinaire. De l’autre, il y a Mamie Cocotte, ma grand-mère paternelle. Tout l’inverse : plus bourgeoise, toujours très apprêtée. À première vue, tout opposait ces deux femmes, leur milieu social comme leur manière d’être. Pourtant, elles partageaient des valeurs communes et, malgré leurs différences, elles ont su s’unir autour de l’amour qu’elles portaient à leur petit-fils.

« À travers mon histoire, chacun peut finalement retrouver un peu de la sienne »

Mes adorées est un témoignage d’amour et de reconnaissance envers ces femmes. Une autre figure importante du projet est Izabelle Laporte, votre metteuse en scène : comment s’est faite votre rencontre ?

J’ai rencontré Izabelle Laporte sur une pièce dans laquelle nous jouions ensemble. C’est elle qui m’a encouragé à écrire cette histoire et à en faire un spectacle. Il m’a donc semblé naturel de lui confier la mise en scène. Comme Mes adorées est un projet très intime, j’avais besoin de quelqu’un en qui j’avais une totale confiance.

Elle connaît mon histoire, m’a poussé à aller au bout des émotions et m’a apporté un regard féminin précieux sur ce récit consacré à des femmes.

Vous livrez une histoire très personnelle sur scène. Qu’est-ce qui fait, selon vous, que le public peut s’y retrouver ?

Je crois que, même si cette histoire est très personnelle, elle est aussi profondément universelle.

Nous avons tous une mère, des grands-mères ou des figures qui nous ont accompagnés dans notre construction, qui nous guident, nous relèvent quand tout vacille et nous aident à avancer. Un jour, un spectateur m’a dit : « Merci, parce qu’avec tes grands-mères, j’ai retrouvé un peu des miennes. » Cette phrase m’a beaucoup marqué. Je crois que plus on touche à l’intime, plus cela résonne chez les autres, parce que les émotions sont vraies. À travers mon histoire, chacun peut finalement retrouver un peu de la sienne.

Mes adorées est un seul-en-scène : tu incarnes tous les personnages ?

Oui, je joue tous les rôles. Je raconte d’abord mon histoire en me présentant au public : « Je m’appelle Édouard… » Puis, au fil du récit, j’incarne les différents personnages avec des voix et des gestuelles différentes. L’homme que je suis aujourd’hui est le fruit de tous ces personnages, c’est pour cela que je suis très fier de pouvoir les incarner sur scène et de leur rendre hommage à ma façon.

Édouard Collin sur scène dans Mes adorées

Infos pratiques

Mes adorées

Avec Édouard Collin

Apollo Théâtre

Jusqu’au 28 décembre 2026

Dimanches à 15h et lundis à 19h30

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