« ETAT D’URGENCE »
Un titre pour le théâtre qui ne manque pas de résonner avec la noirceur de l’actualité. Etat d’Urgence d’ Annabelle Legrand et Martial Courcier nous invite à rire, de nous, des autres, pour regarder autrement ce que l’on vit et ce que l’on veut nous faire croire. L’urgence est incontestablement de ce côté-là.
C’est avec humour et conviction que Santana Sunsja et Christophe Rouzaud nous parlent de la nouvelle création du Café de La Gare.
Comment le projet de la pièce a-t-il vu le jour ?
Santana Susnja : En plein Covid, Annabelle Legrand rejoint Martial Courcier dans la réécriture d’un texte que Martial Courcier avait écrit plus tôt. Il avait en tête Florence Savignat et Timothée Manesse. Le projet nous a été proposé. On l’a trouvé génial. Etat d’Urgence est maintenant prêt à rencontrer son public.
Christophe Rouzaud : Martial Courcier, Timothée Manesse et Florence Savignat ont apprécié partager le plateau sur une pièce qu’on a eu en commun au Café de la Gare « J’aime beaucoup ce que vous faites ». Leur rencontre a été déterminante dans la reprise du texte de Martial Courcier, aussi auteur.
Il voyait dans l’histoire les rôles de Timothée Manesse et Florence Savignat qu’il a découvert au Café de la Gare.
De quelle urgence s’agit-il dans votre nouvelle création ?
SS :. On est chez des gens qui croient tout ce que dit la télé. Leurs peurs développent des comportements inattendus. Un soir, ils invitent leurs amis à dîner. La situation convoque des sujets propices aux tensions. On est dans l’absurde des séries cultes entre South Park et Strip-tease.
On va loin dans les personnages. Leurs visions différentes se confrontent avec un réalisme qui dépasse toujours la fiction. Il y a plusieurs grilles de lectures. Chacun.e y voit et y entend ce qu’il veut. La force du texte d’Annabelle Legrand et de Martial Courcier, c’est de s’adresser à tous, avec un humour grinçant.
CR : Au départ, on ne sait pas trop à quoi s’attendre. Il y a une certaine pression, on se demande d’où elle vient. L’actualité ambiante est angoissante. Le monde a peur de lui-même. Ici, des gens dans le microcosme de leur quotidien ont peur de leurs voisins, de leurs amis. Tout est prétexte à alimenter leur inquiétude.
Leurs craintes poussées à l’extrême les mettent en état d’urgence. Les situations témoignent des maux de notre société, jouent avec les névroses de notre temps et dressent les portraits de personnages que l’on reconnait. Parfois même on s’y reconnait. Le ton de la comédie et de l’absurde est central.
Comment la mise en scène de Tim Remis traite-t-elle le sujet ?
SS : Tim Remis a mis en scène Têtes de Lard au café de la Gare, il y a une dizaine d’année. On le connait pour pousser les comédiens dans le réalisme. C’est un metteur en scène qui aime travailler l’humain à partir de ce qu’on vit dans le quotidien.
On travaille avec Thomas Louisy professeur d’arts martiaux, pour les déplacements, les postures. Il y a beaucoup de corps dans la pièce. On n’est pas statique à parler sur le canapé. La scénographie est réaliste, on est chez les gens dont la décoration intérieure évoque le climat d’urgence.
CR : On scrute la réalité des enjeux que traverse les personnages.
La mise en scène et le talent des comédiens apportent la juste tension avec sincérité sans tomber dans la caricature. L’intention des auteurs, c’est de faire rire sur des sujets sérieux.
L’affiche de la pièce interpelle le regard ? Que pouvez-vous en dire ?
SS : La coccinelle a un rôle dans la pièce. C’est la coccinelle jaune à points noirs, du genre psyllobora. Timothée Manesse l’a dessinée. La coccinelle représente le monde animal, la nature en opposition avec la télé qui manipule les esprits. Elle tague sur la télé qui représente le lavage de cerveau. Elle se tient sur les planches du théâtre pour nous parler de tout ça.
CR : Le titre est bien choisi, car la montée de la tension provoque l’état d’urgence qui amène les personnages à se révéler, à se découvrir.
A la fin du dîner, ils ne se regarderont plus de la même façon. Comme dans la vie, on regarde autrement ceux avec qui on a dîné, car il s’est passé quelque chose. Ici, ils finissent tous sur les nerfs.
Au-delà de ce que vivent les personnages de l’histoire, quelle est l’urgence du message porté par la pièce ?
SS : C’est, calmez-vous, respirez, rigolons un bon coup. On est tous ensemble sur une planète, sur une petite boule. Regardons-nous avec bienveillance. Prenons du recul.
CR : J’ajouterai, essayons de nous comprendre plutôt que de se battre. Rire ensemble serait mieux. On vous attend !
À partir du 2 janvier
Par Aurore Jesset




