Le voleur de mots – Theatre de Passy
Interview • Théâtre de Passy
Le Voleur de mots
Dans l’ombre du succès
Interview d’Alain Teulié
Avec Le Voleur de mots, Alain Teulié imagine la rencontre entre un homme devenu célèbre grâce à un roman qu’il n’a pas écrit et la personne qui en est le véritable auteur, resté dans l’ombre. Une comédie dramatique autour de l’imposture, du besoin de reconnaissance et de la puissance des mots.
Par Mélina Hoffmann

© Fabienne Rappeneau
Qu’est-ce qui vous a donné envie de partir de cette situation d’imposture littéraire ?
Comme je suis romancier, je me sens concerné : on a toujours peur d’être plagié, mais on sait aussi qu’il y a beaucoup d’auteurs qui n’écrivent pas leurs livres. Des hommes politiques, bien sûr, mais aussi des romanciers. Je me suis donc dit qu’il y avait quelque chose à écrire sur les écrivains fantômes. Et puis ma cinquième pièce, Le Manteau de Janis, a très bien marché et j’ai pris goût aux comédies dramatiques, à ces pièces et ces films qui font rire, mais qui savent aussi émouvoir et avoir du sens. Quand j’écris, je pars à l’aventure : je tire un fil d’Ariane sans savoir où il va me mener.
« Quand j’écris, je pars à l’aventure : je tire un fil d’Ariane sans savoir où il va me mener. »
À travers Le Voleur de mots, qu’aviez-vous envie de raconter autour du besoin de reconnaissance et du pouvoir des mots ?
Un ami éditeur a proposé à Louis Vannier de faire écrire son premier roman par quelqu’un d’autre, et le livre est devenu un best-seller. Personne ne sait qu’il ne l’a pas écrit et tout le monde lui demande où en est le suivant. Mais comme il n’a plus aucune nouvelle de son écrivain fantôme, il débarque à Paris pour le retrouver. Il va alors prendre peu à peu conscience de ce que signifie écrire un livre : le temps que l’on y passe, la sensibilité que l’on y met, ce que l’on vit parfois et que l’on transforme en littérature… Pour lui, jusque-là, écrire un livre, c’était presque comme vendre des bijoux ou des voitures. J’ai voulu raconter ce qu’est un artiste et quelle peut être la puissance d’un livre. La pièce est une mise en abyme : de l’écriture qui parle de l’écriture, mais sans prétention.
Vous avez récemment évoqué le contraste entre l’écriture solitaire du roman et le plaisir de la scène. Qu’est-ce que le théâtre vous apporte de différent en tant qu’auteur ?
Ce n’est pas du tout la même manière d’écrire, ni le même art. Le roman dit les choses, tandis que le théâtre est l’art du non-dit. J’ai aussi été comédien pendant dix ans, donc des répliques me viennent naturellement et le fait d’avoir joué m’aide énormément.
Et puis le théâtre m’amène vers les autres. Ça faisait longtemps que je voulais travailler avec Patrick Braoudé. C’est un enfant, un clown génial, un acteur digne des plus grands acteurs américains. Avec lui, Sébastien Chartier, Violette Gamblin et Anne Bourgeois à la mise en scène, nous formons une véritable famille.
J’arrive avec une pièce, puis j’adore que nous travaillions tous ensemble pour la mettre à la taille des interprètes. Nous avons fait du sur-mesure pour chacun. J’ai un immense respect pour Anne Bourgeois. J’ai rarement vu quelqu’un diriger aussi bien, avec autant de bonne humeur et un tel sens du rythme et de la comédie. Elle part toujours de la psychologie des personnages et ne laisse rien au hasard.
« Le roman dit les choses, tandis que le théâtre est l’art du non-dit. »
La pièce mêle le rire à des thèmes plus intimes. Qu’aviez-vous envie de faire naître de la rencontre entre ces trois personnages ?
C’est d’abord la rencontre entre deux milieux sociaux qui m’intéresse. Louis Vannier est un homme assez provincial, tandis que son écrivain fantôme vit dans un petit appartement parisien, bordélique et branché. J’adore faire se rencontrer des personnages issus d’univers différents : cela peut provoquer des étincelles au départ, avant qu’ils ne finissent peut-être par s’apprivoiser.
Ces trois personnages vont beaucoup s’apporter. L’altérité les fait évoluer et, comme le public s’identifie à eux, c’est un peu comme s’il accomplissait lui-même leur chemin initiatique. C’est aussi de là que naît le mélange entre le rire et l’émotion.
Les gens adorent rire, mais ils aiment rire intelligemment. Et si l’on peut aussi les émouvoir avec des choses inattendues, alors c’est formidable. J’aime les pièces à étages, qui fonctionnent comme des millefeuilles : je veux que tous ces niveaux se mêlent et que l’on soit aussi captivé au théâtre qu’au cinéma.
Y a-t-il un livre que vous auriez secrètement aimé avoir écrit vous-même ?
Tendre est la nuit, de Fitzgerald. Ou Tropique du Cancer, d’Henry Miller. On peut ouvrir un livre d’Henry Miller n’importe où, il s’y passe toujours quelque chose. C’est de la vie tout le temps.
Infos pratiques
Le Voleur de mots
Théâtre de Passy
Du 1er octobre 2026 au 3 janvier 2027




