LIKEZ-VOUS LES UNS LES AUTRES ! – PHILIPPE FERTRAY

 Une satire désopilante sur les dérives des « réseaux soucieux »

Dans ses spectacles toujours décapants, Philippe Fertray s’amuse à jongler avec les mots savoureux de personnages mi-aquarelle, mi-vitriol. Dans son tout nouveau spectacle, il prend plaisir à brocarder notre dépendance aux écrans. Pénétrons dans les coulisses de son univers artistique singulier…

« Likez-vous les uns les autres » est votre nouvelle création, quelle est votre démarche pour l’écriture et la création de vos spectacles ? 

C’est Dominique Gosset et Maud Mazur, mes compagnons de route, qui m’ont commandé ce projet pour le théâtre de la Contrescarpe. Nous avons en commun une certaine affliction devant le spectacle souvent douteux des réseaux dits « sociaux ». Dans ce spectacle, je traite de l’abus des écrans, de ce que j’appelle les « réseaux soucieux », de cette addiction dont nous sommes tous victimes et responsables, et de l’abêtissement intellectuel que cela engendre. J’y dresse une galerie de portraits « vus sur le web », de désorientés politiques et de bouffeurs de bouillie complotiste. Ce à quoi je tiens le plus ici, c’est le travail de création de costumes bien déjantés de Sophy Adam. Notre intention est de rire de tout, avec tous et pour longtemps. 

Vos spectacles sont des propositions esthétiques. Quelles sont les étapes de votre parcours artistique ? 

J’ai fait trois écoles : le voyage très tôt dans ma vie en Afrique et en Amérique Latine, l’école publique et les terrains vagues, enfin les Arts Décos de Paris rue d’Ulm où j’ai fait mes études. Je viens de la peinture, c’est ma maison. J’ai toujours dessiné, j’ai toujours fait des images. Pour autant, j’ai toujours écrit : des journaux de voyage, des pensées (même nulles), des aphorismes incongrus, des romans inachevés. Le théâtre est venu plus tard. Ce sont les pièces de Jérôme Deschamps qui m’ont appris que je n’étais pas seul en humour. La force créative de Royal de Luxe ou encore l’insolence éberluée de certains humoristes comme Dupontel, Jim Carey, Bénureau ou plus récemment Pierre Aucaigne sont des points de repère également (liste non exhaustive !). 

« CE SPECTACLE TRAITE DE L’ABUS DES ÉCRANS ET DE CE QUE J’APPELLE LES RÉSEAUX SOUCIEUX »

 Votre propos est intelligent, subtil et incisif. Quelles sont vos sources d’inspiration ? 

Merci pour le compliment. Alors, prenons ces adjectifs dans l’ordre : « intelligent », je ne sais pas car on est toujours l’idiot de quelqu’un et l’intelligent d’un autre, d’autant qu’il n’y a pas de vérité artistique mais seulement des propositions éphémères. « Subtil » dans le sens où j’essaie de faire de l’humour avec autre chose qu’avec des noms d’organes génitaux, des problématiques narcissiques ou des personnalités politiques de premier plan. « Incisif » parce que derrière l’humour se cache toujours un peu de colère qu’il faut s’employer à transformer en rire afin de ne pas ajouter de cicatrices au monde. Et aussi parce que l’insolence est incisive par essence. Disons que j’essaie de rendre une certaine complexité dans le langage employé. Je mélange beaucoup les dialectes actuels : les langages de la rue, le verbiage médiatique, les accents du showbiz, l’ineptie fréquente du langage sportif, les expressions passe-partout qui étouffent la langue française. 

 « JE VIENS DE LA PEINTURE, C’EST MA MAISON… POUR AUTANT, J’AI TOUJOURS ÉCRIT… LE THÉÂTRE EST VENU PLUS TARD » 

Si votre propos est pertinent et votre texte ciselé, l’humour est votre parti-pris artistique. Comment définiriez-vous cette veine comique qui vous caractérise ? 

Farfelue. J’ai toujours aimé « déconner » – pardon pour la grossièreté, je ne trouve pas de meilleur mot. J’adore me moquer, chambrer. Cela n’a qu’une seule fin : dédramatiser. Mes meilleurs amis sont des gens qui savent rire de tout, tôt le matin et tard le soir. 

Par Sabine Komsta

Au Théâtre de la Contrescarpe, du 7 mai au 27 juillet.