MADAME MARGUERITE

Interview de Michel Giès, metteur en scène

© Laurent Bugnet

Mme Marguerite est une pièce écrite en 1971, au Brésil. Trouvez-vous qu’elle résonne encore aujourd’hui, en France ?

Plus que jamais ! La question que pose la pièce est : jusqu’où peut conduire la volonté de puissance lorsqu’on dispose d’un pouvoir, si petit soit-il, comme celui de Madame Marguerite ? Elle nous fait vivre « pour de vrai » les mécanismes du pouvoir en faisant Den nous des enfants à l’école face à leur institutrice. Elle ne dispose que de son bureau, de sa chaise et de son tableau noir qui est vert ! Mais, comme tous ceux – politiques, mais aussi médias, réseaux sociaux, influenceurs – qui détiennent une parcelle de pouvoir, Madame Marguerite se sert des mots, armes redoutables quand on a biaisé leur contenu ou qu’on les a même vidés de sens pour obtenir la soumission des esprits. Et elle s’en sert jusqu’à ce que la machine se grippe et qu’elle se perde elle-même.

Ce seul en scène est porteur d’un texte et d’un message très puissants sur le pouvoir. Comment traduit-on cela à travers la mise en scène ?

Madame Marguerite n’appartient pas au même monde que le nôtre, elle s’en vante sans cesse. Ses excès nous font rire, mais elle peut devenir effrayante, ou pitoyable. À l’occasion, elle quitte le réel pour devenir une figure transcendante et éternelle, affirmant qu’elle est bien au-dessus des lois humaines. Sa voix, sa gestuelle échappent alors à toute contingence. Et quand elle s’essaye à chanter et danser, elle n’est que plus dérisoire, séduisante, dangereuse. L’emprise par la terreur, mais aussi par le charme. C’est ma ligne directrice pour cette mise en scène.

À quoi doit s’attendre le public en allant voir la pièce ? Ou bien qu’est-ce qui pourrait le surprendre ?

Ce Monologue pour une femme impétueuse est aussi une pièce comique ! Le pouvoir est-il drôle ? Oui, répond l’auteur, Roberto Athayde, « s’il nous fait un strip-tease suffisamment dévergondé« 

Le mot de la fin ?

Je le laisse à Roberto Athayde ! « La France aujourd’hui me semble encline à jouir de l’humour abrasif d’un texte dont le but principal était la dictature militaire au Brésil. En fait, il se répand sur la folie du pouvoir en général. Celle qui grouille souveraine dans le monde.« 

À partir du 17 octobre, au Théâtre Essaïon

Par Léa Briant