Un espoir
Théâtre
Un espoir
Réflexion sur la part d’identité façonnée par la filiation
Avec Un Espoir, Diane Iliescu porte à la scène une œuvre qui interroge les liens entre maternité, identité et mémoire. À travers le trinôme d’une mère biologique, d’une mère adoptive et d’une jeune fille en quête d’elle-même, la metteuse en scène explore les récits qui façonnent nos origines autour desquelles gravitent bien des attentes et des idées reçues. Elle revient sur la genèse de ce projet, ses choix de mise en scène et les résonances profondément contemporaines de cette histoire.
Par Émilie Hangue-Moquiot

Comment avez-vous rencontré ce texte de Wendy Beckett et qu’est-ce qui vous a donné envie de le mettre en scène ?
J’avais collaboré avec Wendy Beckett sur plusieurs spectacles qu’elle avait montés à Paris. J’étais assistante à la mise en scène pour certains d’entre eux, dont la création d’Un espoir à l’Athénée en 2020. Six ans plus tard et ayant cette proximité, j’ai eu envie de continuer l’aventure et de me lancer dans une nouvelle création. Je me suis dit que je pouvais apporter une autre énergie et ma propre vision à ce texte.
La pièce est sous-titrée Trois reflets d’une adoption. Parlez-nous de ces trois personnages qui ne sont jamais réduits à leur fonction de mère ou d’enfant.
J’ai été touchée par la façon dont Wendy Beckett aborde le sujet de l’adoption. Parce qu’il n’y a pas de jugement ni de parti pris, chacun porte sa part de vérité, ses blessures, son amour. Ce qui est très intéressant dans ce texte, c’est qu’on voit à travers le regard de la jeune fille qui a été adoptée et qui essaie de reconstruire son histoire à partir de fragments.
Et les deux autres personnages, la mère biologique et la mère adoptive, tout en étant des personnages complets, sont quand même vues à travers le regard de Deidre qui essaie de construire le puzzle de son passé. Bien sûr, il y a des absences, des silences et des pièces manquantes de ce puzzle. Là où il y a un trou, l’imaginaire devient un outil pour combler tout ça. Au fur et à mesure, Deidre gagne en information et son personnage devient plus clair pour elle et donc pour les spectateurs.
Une jeune fille qui essaie de construire le puzzle de son passé
Quelles sont les exigences de mise en scène d’une pièce qui repose autant sur l’intime et sur des blessures invisibles ?
Ce n’est pas facile de rendre visible ce processus intérieur qui est parsemé d’obstacles et qui a besoin d’une accumulation d’informations, de sentiments et d’émotions. Ce qu’on a imaginé, c’est un spectacle qui navigue entre mémoire, réalité et imaginaire. On va aller vers un dispositif qui va permettre à ces différents récits de cohabiter sur scène comme ils cohabitent dans l’esprit de cette jeune femme. Et d’avoir le point de vue de tous les personnages.
Là, il y a besoin de faire coexister ces trois mondes parce qu’elles sont trois femmes, la jeune fille et les deux mères, et qu’elles ont chacune leur propre récit. Il faut avoir beaucoup de sensibilité, de patience pour le faire ressortir de façon visible et claire pour le spectateur. Tel que je l’ai imaginé, c’est un parcours pour essayer de rentrer dans la subjectivité du personnage tout en créant une histoire qui est sensible et qui donne à chaque personnage les moyens de défendre sa part de vérité.
Un spectacle qui navigue entre mémoire, réalité et imaginaire
Un Espoir questionne la figure maternelle loin des représentations idéalisées, tant de la mère biologique que de la mère adoptive. En quoi cette approche résonne-t-elle avec des réflexions féministes contemporaines sur la maternité ?
Aujourd’hui, les parcours familiaux sont de plus en plus divers. Donc, j’essaye d’ouvrir un dialogue sur ces réalités sans être démonstrative, juste en créant un espace où les questions peuvent se déposer. Wendy Beckett disait que la plupart des histoires sur l’adoption sont enjolivées par rapport à la réalité. Quand on parle d’adoption, quand on parle de mère, on essaie d’idéaliser un peu et d’atténuer les aspérités en présentant les choses qui peuvent construire cette image de bonne mère.
Wendy, elle, voulait présenter la réalité. Et la réalité, c’est qu’on fait de notre mieux. En tant que mère, on fait ce qu’on peut et on essaie. Bien sûr qu’on veut protéger notre enfant, qu’on veut lui donner de l’amour, qu’on veut l’encourager, qu’on veut un futur brillant ou positif pour lui. Mais la réalité est différente.
Il faut dire que les femmes aujourd’hui ont un peu trop de pression pour rentrer dans une image de ce que la mère idéale doit être. Et finalement, il n’y a pas de réponse universelle. Chacune construit son parcours en tant que mère, selon ses possibilités, selon ses envies, selon sa façon de voir le monde. Il n’y a pas de case dans laquelle on doit rentrer.
Les parcours sont parfois très différents et pourtant ils peuvent être pleins d’amour, de tendresse et de résultats. J’essaie de ne pas être la personne qui va dire ça c’est bien, ça, ce n’est pas bien. J’aimerais que chacun sorte de ce spectacle avec un peu plus de compréhension et d’empathie pour des parcours qui peuvent être très différents des siens. Il n’y a pas une seule façon d’être une famille et de se sentir protégé ou de se sentir en lien avec quelqu’un.
L’adoption est au cœur du texte, mais n’est-ce pas aussi pour sa réflexion sur la construction de soi de chacun de nous qu’il faut aller voir la pièce ?
Exactement. La pièce ne parle pas seulement d’adoption. Elle parle d’un besoin qui est universel : comprendre son histoire et trouver sa place dans le monde. C’est cette quête de la mémoire, de la famille, de l’amour. Et ça, c’est intelligible pour tout le monde parce qu’on est tous un peu dans cette aspiration à travers les différentes étapes de notre vie.
Cette jeune fille de 17 ans, donc bientôt adulte, c’est justement ce qu’elle essaie de faire au moment de partir dans cette grande aventure qui est le monde, quand elle va potentiellement faire ses études et quitter le cocon familial. C’est une dernière étape vers ce passage auquel on est tous confronté à un moment donné.
Deidre essaie de comprendre d’où elle vient. Ce sont des questions très importantes pour tout le monde : son origine, ce qui nous construit et comment on se forge une identité. Sinon, comment affronter le monde sans savoir d’où on vient ?
Infos pratiques
Un espoir
La Scène Libre
Du 3 au 27 septembre 2026




